LE COUP D’ÉTAT SILENCIEUX DES GÉANTS DU NUMÉRIQUE

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Ils ne gouvernent pas officiellement, mais ils règnent partout, ils ne portent pas d’uniforme, mais leurs décisions façonnent les guerres, ils ne se présentent pas aux élections, mais leurs algorithmes orientent les votes, les émotions, les silences.

En quelques années, une poignée d’entrepreneurs est passée du garage californien au trône invisible du monde. Leurs entreprises sont devenues des États sans frontière, leurs plateformes des continents où nous vivons. Ils financent, influencent, arbitrent, parfois décident. Et l’on s’habitue à leur pouvoir comme on s’habitue à la météo. Ce basculement ne fut pas un coup d’État, mais une translation lente par doses homéopathiques. Ainsi, le pouvoir a glissé du politique vers la technique, du débat vers le code, de la loi vers l’interface. Les gouvernements négocient avec eux comme avec des superpuissances, les citoyens, eux, naviguent et cliquent. Alors, une question s’impose : que signifie encore vivre librement quand nos existences passent par des architectures conçues par d’autres ?

Peut-être qu’une nouvelle philosophie de vie naît ici, dans cette tension, une philosophie du désenvoûtement technologique, refuser d’être seulement un profil, une donnée, une variable dans un modèle prédictif. Réapprendre à distinguer l’utile du captivant, le nécessaire du manipulatoire, le progrès de l’addiction.

Dans un monde où quelques hommes rêvent d’échapper aux lois communes, la vraie révolution devient intime : reprendre possession de son attention, de son jugement, de son temps. Face aux empires numériques, la souveraineté commence dans l’esprit. Et peut-être qu’au XXIᵉ siècle, la liberté ne consistera plus à renverser les rois, mais à se réveiller et sortir enfin des royaumes de l’invisible.

FM