HERMÉS LE DERNIER SOUFFLE D’UNE ÉLÉGANCE ÉTERNELLE

Non classé

Quand Véronique Nichanian, gardienne patiente et souveraine de l’homme Hermès depuis trente-sept années, s’apprête à quitter la scène, une émotion grave et profonde circule comme une onde sous les voûtes du soir. Ce qui fut longtemps un rendez-vous presque monacal au Palais d’Iéna s’est déplacé, à l’heure où le jour se retire, vers le Palais Brongniart, métamorphosé en vaste cérémonie du souvenir. Là, dans la pénombre dorée, la reconnaissance semble suspendue dans l’air même que l’on respire. Elle émane des visages rassemblés, des figures célèbres qui l’ont croisée sur leur chemin, comme des artisans de l’ombre qui l’ont accompagnée.

Au-dehors, sur la place de la Bourse, la foule clame un autre nom, celui de Travis Scott seule contribution au rappeur de la mode Hermés, des cris jetés dans la nuit moderne de la vision LV. Mais à l’intérieur, c’est celui de Véronique Nichanian qui circule, discret et persistant, tel un souffle ancien qui se glisse dans chaque conversation. Il suffit de lever les yeux vers les plafonds pour ressentir le vertige d’un chapitre qui s’achève. Plus tard, lorsque la dernière silhouette aura traversé ce dernier défilé, les écrans suspendus descendront lentement, comme des tentures de mémoire, pour restituer les salutations d’hier. Mais pour l’instant, la directrice artistique recueille encore une ultime respiration, et l’offre à l’homme Hermés qu’elle a façonné.

Les vêtements, qui l’enveloppent, portent la précision des coupes mûries par le temps, la profondeur des couleurs mesurées, ces neutres savamment choisis que viennent éclairer des pigments pensés comme des confidences. Les matières parlent une langue ancienne et sûre, science silencieuse transmise sans éclat. Tout ici relève d’une grammaire de l’élégance qui ne faillit pas.

Les manteaux, droits et fiers, voient leur carrure affirmée par un double col comme par une armure discrète. Les peaux sont riches sans ostentation, les pantalons tracent une ligne exacte, et les mailles, généreuses, protègent l’homme des caprices du ciel comme de ceux de l’époque. Ainsi se compose une garde-robe qui accomplit, avec la plus haute sophistication, sa mission première : servir la vie, et la servir avec noblesse. C’est cette fonction essentielle, silencieuse et aimée, que je reconnais ici.

FM