DIOR SILHOUETTES PÂLES POUR IDÉES SOMBRES

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À voir certaines silhouettes récemment sorties des ateliers de Kim Jones, une question flotte dans l’air comme un parfum trop froid : la couture respire-t-elle encore ? Drapées dans une esthétique volontairement exsangue, ces figures longilignes aux cheveux jaune semblent moins marcher que flotter, privées de poids, de sexe, parfois même d’humanité.

La référence à une couture « à la Vincenzo » artisanale en apparence, expressionniste dans l’intention aurait pu promettre un geste radical. Mais ici, le radical frôle le désincarné. Le corps n’est plus support du vêtement, il devient prétexte. Une ligne à peine habitée, une abstraction maigre sur laquelle tout glisse sans jamais s’ancrer.

Cette obsession de la neutralité, poussée jusqu’à l’effacement, interroge. À force de vouloir gommer le genre, on gomme le vivant. À force de styliser la fragilité, on finit par l’esthétiser dangereusement. La couture, jadis lieu de construction, de structure, presque d’architecture du corps, se retrouve réduite à un exercice de disparition contrôlée.

Kim Jones est un créateur intelligent, cultivé, conscient de l’histoire qu’il manipule. C’est précisément pour cela que ce parti pris dérange. La provocation n’est pas neuve, mais elle devient creuse lorsqu’elle se répète sans contrepoint. La couture n’a pas besoin d’être aimable, certes, mais elle gagne à être habitée.

À trop vouloir faire du corps une idée, on oublie qu’il est d’abord une présence. Et sans présence, même la couture la plus conceptuelle finit par ressembler à un fantôme bien habillé. Bien sûr, vous l’aurez deviné, celui qui suit réellement cette voie n’est pas Kim, mais Anderson. Drole Non ?

FM