REPOSE EN PAIX, VALENTINO GARAVANI

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Valentino Garavani s’est éteint lundi dernier, dans le silence feutré de sa demeure romaine, à l’âge où la vie ressemble déjà à une légende. Chic « Mot court, royaume vaste », cette phrase, tombée lors du tournage du Dernier Empereur, sera la chronique de son ultime défilé en 2008, et éclaire l’homme tout entier.

Lorsqu’il fonda sa maison en 1959, le monde n’était pas encore prêt à recevoir son nom comme un emblème. Mais les décennies, patientes jardinières de la gloire, firent leur œuvre. À la fin des années soixante-dix, puis dans l’éclat plus assuré des années quatre-vingt, Valentino devint l’un des astres fixes autour desquels gravitait la renaissance italienne. Avec Armani, Versace, Ferré, Missoni, il donna à l’Italie une voix nouvelle, ferme et sensuelle, capable de rivaliser avec les antiques capitales du goût.

On a voulu réduire son art à quelques signes visibles, la robe du soir comme une confidence, mais ce serait oublier l’essentiel. Ce qui traversait toute son œuvre, comme une lumière intérieure, c’était la beauté elle-même, alliée à l’élégance, et ce rouge unique, couleur non du sang mais du destin.

Un jour de 1968, l’histoire se pencha vers lui. Jackie Kennedy, figure déjà entrée dans la mémoire du monde, choisit pour son mariage avec Aristote Onassis une robe ivoire sortie de ses mains. Ce geste, discret en apparence, élargit soudain l’horizon de son nom, comme si une porte venait de s’ouvrir sur l’universel.

Valentino croyait à la fidélité stylistique comme d’autres croient à la foi. « Lorsqu’un couturier a trouvé sa voie, il doit s’y tenir », disait-il. Non par rigidité, mais par sagesse. La liberté, selon lui, ne naît pas du reniement, mais de la profondeur. Les couleurs, les tissus, les broderies offrent des mondes infinis à qui sait rester fidèle à sa ligne. Il redoutait plus que tout l’oubli rapide, cette mort sociale qui frappe les créateurs soumis aux caprices du temps. Repose en paix, Valentino Garavani, toi qui as fait de la beauté une demeure.

FM