YVES SAINT LAURENT L’OR UN CAS

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Il est un métal auquel les hommes ont livré leur raison, et que les femmes portent comme un secret de lumière : c’est l’or. Il semble qu’il possède sur les âmes un empire que rien ne saurait détruire. Ce soir-là, Paris lui avait rendu hommage.

Sous le ciel obscur, la grande cité Lutèce brillait d’un éclat singulier. La Dame de Fer, cette sentinelle immense, qui veille sur les générations, s’élevait dans la nuit, habillé de lumière comme d’une dentelle d’or. C’est à son pied que la maison Saint Laurent avait convoqué la mode, sous la direction d’Anthony Vaccarello.

Alors parurent les femmes ; elles avançaient lentement, comme des apparitions sorties d’un songe. L’or les enveloppait de la tête aux pieds ; il coulait sur leurs épaules, suivait leurs mouvements, se brisait en mille feux à chacun de leurs pas. Il y avait dans ce défilé quelque chose de solennel et presque religieux, comme si la richesse des hommes avait voulu, pour un instant, se faire lumière.

Mais, parmi ces éclats, une autre présence s’imposait : celle de la jupe. Après tant de saisons où le pantalon avait régné sur la silhouette féminine, la jupe semblait revenir d’un long exil,  fallait-il y voir un signe ? Peut-être ? Vaccarello semblait nous rappeler que la fascination ne réside pas toujours dans la force ou dans l’armure. Elle peut naître d’un mouvement plus fragile : celui d’un tissu qui effleure la jambe, d’une étoffe qui accompagne la marche, d’une silhouette qui se révèle peu à peu dans la pénombre.

La femme n’était plus cachée derrière le vêtement ; elle semblait en renaître, et le créateur, qui aime à déjouer les attentes, avait cette fois appelé toutes les splendeurs de la lumière à son secours. L’endroit resplendissait, et les visages célèbres d’Hollywood s’y pressaient comme autrefois les courtisans autour des princes. Mais, au milieu de cette assemblée brillante, c’était encore le vêtement qui illuminait.

Et tandis que le tout Paris contemplait ce cortège doré, une voix accompagnait la marche, celle de Charlotte Gainsbourg. La chanson montait dans la nuit comme un souvenir, et, durant quelques instants, il me sembla que la mode, la lumière et la musique n’étaient plus qu’une seule et même chose : un rêve fugitif de beauté suspendu au-dessus de la ville.

FM