UNE COLLECTION ENTRE PROVOCATION ET DIGESTION DIFFICILE

Non classé

Il y a des collections qui naissent d’une vision, d’autres naissent d’un concept, et puis il y a celles qui ressemblent à un phénomène biologique curieux où, parfois, les excréments semblent sortir avant même que l’organisme ait produit quoi que ce soit. Bien mal acquis ne profite qu’après.

Voici l’une de ces curiosités qui nous raconte une enfance pauvre à Cartierville face à une enfance dorée à Westmount. Le récit est livré comme une révélation sociologique, mais il sonne plutôt comme un vieux scénario recyclé mille fois dans les écoles d’art : la lutte mythologique entre le pauvre authentique et le riche glacé. Une fable si prévisible qu’elle ressemble à une dissertation d’étudiant qui aurait découvert la lutte des classes un mardi soir, avec le comble de l’adresse, lire le bottin.

Le souvenir de l’arrêt de bus sous la neige pour une « causette », qui regarde la voiture de sport, les vitres teintées et sa famille parfaite… On attend presque qu’un violon se mette à jouer en arrière plan. Et voilà que ce souvenir devient le carburant à « 120 dollars le baril », d’une collection prétendant “disséquer les codes du luxe”. Métaphoriseur de mots ampoulés, grand diseur de faire savoir sur le savoir-faire, mais surtout dogmatiseur et préconiseur qui jette les symboles du luxe dans un blender conceptuel.

Trois tableaux de pouvoir, nous dit-on :
le pouvoir des archétypes,
le pouvoir de la communauté,
le pouvoir de l’avenir.

Trois chapitres grandiloquents pour une idée finalement assez maigre. C’est l’équivalent intellectuel d’un soufflé trop gonflé qui s’effondre dès qu’on ouvre la porte du four. La “famille bourgeoise” ouvre le défilé, censée révéler la froideur monstrueuse de l’élitisme. Curieusement, la mode adore dénoncer les riches… tout en rêvant de leur vendre les vêtements. Cette indignation ressemble donc moins à une critique qu’à une stratégie marketing parfumée au ressentiment.

Et puis, arrive la trouvaille spectaculaire : le New Look “fécalisé”. Le mot est lâché comme un pet, avec un sérieux presque académique, comme si l’on venait de découvrir une nouvelle école esthétique. En réalité, c’est une provocation assez scolaire, l’équivalent fashion de gribouiller une moustache sur l’origine du monde et d’appeler cela une révolution sexuelle.

Les fameux “Gants de la culpabilité”, en cuir d’agneau blanc aux paumes rouges, veulent symboliser la tache morale du pouvoir, ou du Fist-Fucking, c’est selon. Belle image, certes, mais lorsque cette culpabilité est vendue avec des talons Louboutin, l’ironie devient involontairement comique. Il faut donc penser tout ce qu’il y a de pensable dans l’impensable.

On critique le luxe en s’y associant, on dénonce l’élite, en défilant devant elle. C’est un peu comme organiser une grève sur la place de la république en servant du champagne millésimé au aficionados de « Mélenche ». Au fond, cette collection ne dissèque pas vraiment le luxe. Elle le regarde dans le miroir, lui tire la langue, puis lui demande s’ils veulent bien signer le chèque pour la prochaine collection.

Et, c’est peut-être là la véritable morale de cette histoire : dans la mode contemporaine, la rébellion est souvent un accessoire, soigneusement cousu sur une robe hors de prix. Le résultat ressemble à une digestion esthétique difficile : beaucoup de mots, beaucoup de symboles, beaucoup de postures… et au final, cette impression persistante que le produit de sortie est arrivé bien avant que l’idée n’entre réellement dans la tête, une sorte de chiasse que seul le Marand pouvait adouber dans son cénacle.

FM