SWATCH : LA MONTRE QUI PERD LE TEMPS ET LA CONFIANCE

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Ma montre Swatch n’est plus une montre. C’est un métronome de la déception. Toutes les secondes, elle perd quatre secondes. Une petite hémorragie du temps, régulière, absurde, presque ironique. À ce rythme là, elle ne donne plus l’heure, elle l’invente, comme une sorte de concept à la Jacques Mumuse.

Mais, le plus rageant n’est même pas la panne – Une panne, cela arrive – Non, ce qui me reste en travers de la gorge, comme une aiguille de trotteuse, c’est cette idée devenue normale qu’un objet ne serait plus fait pour durer. Une montre à quartz, autrefois symbole de précision, de fiabilité, de modernité accessible, devient aujourd’hui un bloc fermé, irréparable, condamné dès qu’un composant fatigue. Monobloc ! Circulez rien à faire. Pas de réparation possible, pas de reprise non plus, même pas même un geste commercial pour accompagner la séparation dans l’achat d’une autre. Rien. Juste le silence poli des procédures, le néant, encore plus sidérant que le sidéral.

Alors oui, je lui ai retiré la pile, c’était presque un geste funéraire. Figée, elle aura au moins raison de donner l’heure exacte deux fois par jour. Vivante, elle mentait en permanence, comme une vieille bimbo sur son âge. On nous parle d’écologie, de recyclage, de consommation responsable, de lutte contre l’obsolescence programmée. Mais, où est la logique quand un objet conçu pour mesurer le temps ne peut même plus traverser le temps lui-même ?

On finit par comprendre que certains produits ne sont plus fabriqués pour accompagner une vie, mais pour organiser leur propre remplacement. Acheter, jeter, remplacer. Comme si les souvenirs n’avaient aucune valeur pour l’industrie du Tic Tac. Comme si l’attachement était un défaut du consommateur lui-même.

Cette montre avait une histoire. Des voyages, des attentes, des rendez-vous, des journées ordinaires devenues souvenirs. Elle valait plus que son prix. Et aujourd’hui, on me demande presque d’accepter calmement qu’elle soit bonne pour la vitrine des regrets. Alors, je la garde encore un peu, comme on garde une étoile éteinte dans la poche, non pour ce qu’elle éclaire, mais pour ce qu’elle rappelle. Et dans son silence, il reste malgré tout quelque chose qui bat encore pour moi : une fidélité obstinée et tendre, du temps passé.

FM