PHOEBE ENGLISH LA BOTANIQUE DE L’ENNUI
Je vous préviens de suite ; ce texte n’est pas pour les bimbos incultes. Il advient, à chaque itération saisonnière, une proposition vestimentaire qui réinscrit avec une soudaineté quasi apodictique la raison d’être des grandes maisons. Cette saison londonienne, ce fut celle-ci. La créatrice, toujours affranchie d’un vaste atelier, a livré une série qu’elle qualifie « d’illustrations de la beauté des végétaux en leur apogée anthésique » et d’infime sortilège « . Illustration, en effet, est le terme idoine. Mode, beaucoup moins.
Les réminiscences botaniques sont devenues l’ultime asile des créateurs en panne de cogitation tectonique. Discourir des fleurs, c’est éluder la coupe, invoquer la magie, pour se soustraire à l’édification structurelle. Ici, la rhétorique est opulente, mais l’ouvrage vestimentaire est famélique. Point d’imprimés, mais des afféteries décoratives, des silhouettes qui semblent exhumées d’une pyramide d’Egypte.
Le phénomène est d’une banalité affligeante : certains créateurs confondent leur idiosyncrasie avec la puissance machinique de la maison qui les emploie. Tant qu’ils disposent d’une cohorte de modélistes, de brodeurs et de tailleurs, ils entérinent des collections. Sitôt esseulés, ils n’énoncent plus que des velléités.
Cette collection est une velléité. Une velléité imprécisément poétique, indistinctement féminine, vaguement contemporaine. Or la mode ne s’alimente pas d’indistinction. Tout ici singe le lexique du luxe sans en posséder la grammaire profonde. Les volumes s’affaissent comme des tentures mal ourdies, les étoffes vocifèrent l’échantillonnage précipité.
Cette collection donne une vision impitoyable d’une vérité que l’industrie affecte d’ignorer : nombre de trajectoires repose sur l’infrastructure, non sur l’auteur. Quand l’infrastructure se volatilise, l’auteur surgit. Et parfois, cette épiphanie est une déconvenue. La Fashion Week demeure un théâtre de cruauté cérémonielle, et cette collection en constitua l’instant probatoire.
FM

