MATIÈRES FÉCALES PLUS FOCALE
Matières Fécales serait-elle devenue moins fécale qu’hier ? La question flotte dans l’air, entre les fumées et les éclats de stroboscopes, tandis que s’avance une collection qui semble avoir troquée une part de sa provocation contre quelque chose de plus bourgeois, de plus construit, presque de plus conforme aux canons de la mode. Mais, qu’on ne s’y trompe pas : si la matière s’est assagie, le regard, lui, demeure radical. La fécale est devenue focale.
Derrière l’extravagance des coutures et des volumes, derrière ces apparitions qui semblent hésiter entre la rue, le sanctuaire et le théâtre, il y a désormais une véritable écriture de mode. Et le geste prend une dimension singulière lorsqu’il s’inscrit dans ce temple parisien de la République, lieu de la vox populi où la mode vient déposer ses idoles et ses fantômes.
Matières Fécales ne cherche peut-être plus seulement à choquer. Les effluves nauséabonds des premières collections, celles qui semblaient vouloir provoquer le spectateur à coups de déflagrations visuelles, ont laissé place à une étrangeté plus sophistiquée. La provocation ne disparaît pas : elle se civilise, se drape, se sculpte. Elle apprend les manières de la haute couture sans jamais tout à fait renoncer à salir les gants blancs de la bienséance.
Alors, surgissent des silhouettes étranges en un cortège de femmes qui ouvre le défilé : vestales contemporaines, drapées dans des linges aux accents bibliques, elles avancent comme si une procession antique avait soudainement traversé les couloirs de la mode parisienne. Est-ce l’annonce d’un rituel ? d’une apparition papale ? d’une liturgie nouvelle consacrée au corps, à la chair et à la puissance féminine ? Tout est possible, et c’est précisément dans cette ambiguïté que le spectacle trouve sa force.
Puis, la fumée se dissipe. Les stroboscopes cessent leur assaut. Et derrière le vacarme apparaît ce qui constitue peut-être la véritable surprise de cette collection : une maîtrise. Car Matières Fécales ne se contente plus de fabriquer de l’étrange. La maison façonne désormais des silhouettes avec une précision qui pourrait presque désarmer ses détracteurs les plus conventionnels.
Il y a quelque chose de presque paradoxal dans cette excellence. Ceux qui venaient chercher le scandale découvrent la virtuosité. Ceux qui attendaient la provocation rencontrent la couture. Et ceux qui regardaient Matières Fécales comme une expérience marginale se retrouvent face à une collection qui revendique, avec une assurance nouvelle, sa place dans le grand théâtre de la mode. La fécale, finalement, n’a pas disparu. Elle a simplement changé de focale.
FM
