L’ORÉAL LA FOIRE AUX VANITÉS DE LA BEAUTÉ
Ronsard nous avait pourtant prévenus : « Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie. » Mais à écouter les derniers échos du défilé L’Oréal, les roses d’aujourd’hui refusent obstinément de faner, préférant se figer dans une étrange immortalité plastique. Hier, sur le podium, s’est déployée une kyrielle de célébrités venues célébrer une « beauté » qui n’a plus grand-chose de naturel. Philippine Leroy-Beaulieu (63 ans), Jane Fonda (88 ans), Viola Davis (61 ans), Céline Dion (58 ans), Rihanna (38 ans), ou encore Eva Longoria (51 ans) et Kristen Bell (46 ans) Andie MacDowell (68 ans)… À première vue, l’alignement des âges laissait songeur. Était-ce un défilé de mode ou le numerus clausus d’une maison de retraite VIP ?
La question mérite d’être posée, tant le spectacle confinait au déni biologique. On nous vend ces icônes comme les ambassadrices d’un vieillissement gracieux, sublimé par des crèmes miracles censées gommer les outrages du temps. Quelle tartufferie ! Qui peut encore croire, à l’ère de la lucidité, que ces visages lisses et ces pommettes saillantes doivent leur salut à un simple sérum hydratant ? Derrière l’éclat des projecteurs se cache la réalité, beaucoup plus froide, du scalpel, des injections de toxine botulique et des interventions répétées de la chirurgie esthétique. Ce n’est plus de l’entretien, c’est de la Taxidermie sociale.
Il y a quelque chose de profondément pathétique dans cette course effrénée contre la montre. Le temps passe, implacable, flétrissant les chairs et courbant les échines. C’est la loi de la nature, celle-là même que chantaient les poètes. Pourtant, ces femmes s’accrochent. Elles s’agrippent aux lambeaux de leur jeunesse et à leur gloire passée avec l’énergie du désespoir, refusant de céder la place, de vieillir avec dignité, loin du bruit et de la fureur médiatique. Comme des parasites de la célébrité, elles squattent les podiums, refusant de lâcher le morceau, prêtes à toutes les métamorphoses artificielles pour grappiller encore quelques flashes, quelques couvertures de magazines, un dernier instant de lumière.
Cette diatribe ne vise pas le fait de vieillir, mais le refus grotesque d’assumer son âge. En s’exhibant ainsi, transformées en vitrines ambulantes de la médecine esthétique, ces stars ne libèrent pas les femmes : elles les emprisonnent dans un standard inaccessible et faux. À force de vouloir rester éternellement jeunes à tout prix, elles finissent par perdre ce qui faisait leur singularité, devenant les clones d’une époque qui a peur du vide, peur des rides, et surtout, une peur panique de l’oubli.
FM
