LES YEUX VERTS DE GARAGE
Dans une petite maison, où les volets grinçaient comme de vieux violons, vivait un minuscule chat noir que tout le monde appelait « Garage ». Le surnom lui était resté depuis cette drôle de nuit où, chaton encore, il s’était retrouvé enfermé dans le garage jusqu’au matin, blotti contre un vieux pneu qui sentait la pluie et l’essence froide. Depuis, il marchait toujours avec cette prudence tendre des créatures qui ont déjà connu l’obscurité trop longtemps. Chaque matin, il attendait devant la cuisine son petit “bonbon”, une friandise ridicule mais sacrée, qu’il attrapait avec la solennité d’un roi recevant une couronne en sucre.
Puis vint le jour du départ. Les valises roulaient sur le sol comme des monstres à roulettes. Garage comprit avant tout le monde. Les chats savent ces choses-là. Il te suivait de pièce en pièce, silencieux, la queue basse, les yeux grands comme deux lunes mouillées. Il regardait les placards se vider et semblait penser à ses repas qui deviendraient plus simples, moins parfumés, moins joyeux. Plus de petits morceaux choisis au hasard du dîner. Plus de surprise croustillante au réveil. Et peut-être, surtout, plus cette voix familière qui disait doucement : « Tiens, c’est pour toi, petit bandit. »
Quand la porte se referma enfin, Garage resta longtemps devant la fenêtre. Le soleil du matin glissait sur son pelage noir comme sur du velours brûlé. Il ne miaula presque pas. Il s’allongea simplement près de la porte d’entrée, à l’endroit exact où ton odeur restait encore suspendue dans l’air. Et le lendemain, à l’heure du fameux bonbon du matin, il vint quand même s’asseoir devant la cuisine, avec cet espoir minuscule et courageux que seuls les chats et les vieux cœurs savent garder.
FM
