LES ENFANTS, NOUVEL ELIXIR DE CROISSANCE DU LUXE

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Dans ces salons feutrés du luxe, il y a des sanctuaires parfumés où l’on baptise la cupidité sous le nom d’élégance, et où on prétend vendre des rêves, mais certains rêves ont l’odeur légèrement chimique d’un sérum anti-âge appliqué sur une peau qui n’a même pas encore appris à vieillir. Le luxe découvre l’enfance… comme marché, et il faut reconnaître, à l’industrie de la cosmétique, une qualité admirable : son imagination commerciale sans aucune frontière morale. Après avoir convaincu les adultes qu’ils vieillissent trop vite, voilà qu’elle s’attaque désormais à ceux qui n’ont même pas commencé.

Ainsi, l’autorité italienne de la concurrence soupçonne « *l’épouse de Moïse », ainsi que ses charmantes filiales d’avoir encouragé l’utilisation précoce de cosmétiques pour adultes à des enfants et des adolescents. Une ambition presque poétique car pourquoi attendre trente ans pour lutter contre les rides quand on peut commencer au berceau, et ressembler à une Bimbo de 12 ans.

Les emballages promettent l’éternité cutanée avec la même innocence qu’un vendeur de bonbons promet le paradis dentaire. La stratégie est simple, presque pédagogique. La firme du seigneur prend un produit conçu pour des adultes déjà anxieux, et on y ajoute un animal mignon qui s’occupe de la promotion. Et ainsi des micro-influenceuses, à peine sorties de la cour d’école, font de la  crème anti-âge l’accessoire indispensable du cartable.

La science, hélas, manque parfois de sens marketing ! Un professeur de cosmétologie rappelle que l’enfant n’a besoin que de produits d’hygiène et de protection solaire. Voilà une idée profondément décevante pour les marketeurs, car pour certains imaginer un monde où un enfant n’achète que du dentifrice…  d’une très grande tristesse surtout pour les actionnaires.

Oscar Wilde disait que la mode est une forme de laideur si insupportable qu’il faut la changer tous les six mois. Le marketing moderne a fait mieux : il a décidé de changer l’enfance elle-même. Et tout cela, pour quelques flacons brillants posés sur une étagère, car finalement, la morale de cette histoire est d’une simplicité désarmante : Quand un clown s’installe dans un palais, il ne devient pas roi. C’est le palais qui devient un cirque – « proverbe Turc ».

FM

* »Epouse de Moïse Séphora »