GERMANIER HAUTE COUTURE, BASSE ORIGINE
Kevin Germanier aime transformer ce que le monde jette. D’habitude, il travaille avec des ballons usés, des plastiques fatigués ou des déchets en fin de vie. Cette saison, la chance lui a offert mieux encore : des invendus provenant de sept maisons du groupe du « Seigneur ». Des vêtements impeccables, jamais portés, dont certains anciens uniformes olympiques Berluti.
Les maisons ont préféré rester discrètes. En revanche, le fils du Seigneur et Hélène Valade étaient présents pour rappeler que le recyclage fonctionne mieux quand il est bien accompagné. « Le jeu des chaises musicales entre créateurs a libéré beaucoup de stocks », a résumé Germanier, serein, entouré de vêtements sans propriétaire.
Lisa Rinna a ouvert le défilé, vêtue comme une reine du plastique recyclé, coiffée de bouteilles. Une démonstration claire : la noblesse peut aussi naître des rebuts. Le reste du show mêlait broderies audacieuses, références à H.R. Giger, plumes, guirlandes et une absence assumée de sobriété. Le créateur s’est même aventuré avec succès sur le terrain du mariage, masques et grilles recyclées compris.
Les logos avaient disparu, mais l’origine des pièces restait reconnaissable. Germanier a choisi une réponse très suisse : « Je laisse la question ouverte. Je suis Suisse, donc neutre », a-t-il plaisanté. Une position prudente, et souvent efficace, dans l’univers du luxe. Quant à la valise que le Seigneur lui a offerte, elle traversera la frontière suisse sans difficulté. Une juste récompense pour services rendus au recyclage.
FM

