LE PRINCE BELGE REND LES ARMES
Le prince belge de Saint Laurent rend les armes. Ce vendredi, dans un communiqué, si bref qu’il en devient presque insolent ! Dix ans de règne, et pas une larme de crocodile : Kering salue, Charbit remercie, Luca de Meo « exprime sa gratitude », et le rideau tombe.
Le dernier défilé ? Un enterrement en or massif sous trois lustres géants et une tour Eiffel clignotante : « le chant du cygne », disait-on tout bas. Le cygne est mort, toute la cour est là, impeccablement peignée, les visages graves, les formules repassées, les condoléances déjà prêtes. On ne saurait rêver plus beau cérémonial pour enterrer un règne sans déranger les actionnaires. La gratitude est devenue le parfum officiel des divorces industriels, mais ce n’est pas le cri du signe que j’entends, mais le nasillement du canard.
Le prince a régné sur son royaume de cuir, de nuit et de désir pendant dix ans, avec cette solennité funèbre dont Saint Laurent a fait une religion. Mais, les empires de velours ont leurs fissures, les couronnes leurs usures, et les dieux du vêtement leur date de péremption. Le génie créatif, lui-même, doit désormais présenter ses résultats trimestriels sur tableur Excel avant de prétendre à l’immortalité.
Il y a quelque chose de profondément dynastique dans cette industrie qui prétend vivre de nouveauté. On croit y célébrer la rupture, on y restaure sans cesse les lignées. Les héritiers succèdent aux héritiers, les directeurs artistiques changent de palais, les maisons changent de récit, mais la cour demeure
Qui pour hériter du trône ? Chemena Kamali, la fille de la maison, revenue de Chloé comme on revient à ses premiers amours, à moins que ce ne soit à ses premiers crimes ? Le chiffre, 2,64 milliards d’euros, soit six pour cent de chute en 2025, mais enfin, Gucci s’effondre bien plus bas. À Paris, on appelle cela de la gloire. Vaccarello, quant à lui, ira recevoir ses lauriers à New York, le 2 novembre, en roi déchu, couronné la veille de sa chute, un comble !
FM

