DIOR UNE COLLECTION HABITÉE
Je n’avais pas véritablement vu, depuis longtemps, une collection aussi portable et aussi créative. Jonathan Anderson signe ici un vestiaire d’une maîtrise absolue, porté par les ateliers, ces petites mains de la couture, et par l’héritage du maître de Granville. Christian Dior lui-même, fils de cette Normandie de brumes et de falaises, n’aurait pas renié cette élégance qui ne crie jamais.
Le tour de force est là : tout est portable. À chaque passage, la même question m’a traversé : est-ce que j’achèterais cet ensemble pour ma femme ? Ou pour moi-même, si j’étais une femme ? Et dans ce cas, j’aurais pratiquement tout acheté.
Chateaubriand écrivait que l’on ne se console pas de ce qui a été et que l’on rêve à ce qui pourrait être. Cette phrase, dans Les Mémoires d’outre-tombe, dit à sa manière ce que la mode doit toujours accomplir : faire vibrer la nostalgie tout en promettant un avenir. Anderson procède ainsi. Il ne singe pas le passé de la maison, il le fait respirer à nouveau, avec cette mélancolie souveraine du vicomte breton, cette noblesse un peu triste des lignes qui glissent sur le corps comme une phrase bien balancée.
Faire des vêtements pour les vendre à des clientes. Quoi de plus simple, et pourtant quoi de plus rare aujourd’hui ? Les clientes entrent de moins en moins dans les boutiques ; on parle sans cesse de « désirabilité », ce mot un peu creux des séminaires de marketing. Or ici, le désir est là, palpable, généreux.
Le voilà donc le petit prince irlandais, ce petit gabarit qui vient de mettre la main sur la plus grande maison du monde, celle que l’on connaît sur tous les continents, celle dont même un rouge à lèvres, au fin fond de l’Afrique, murmure quelque chose à un enfant : Dior. Une marque planétaire, qui va pouvoir faire exploser les chiffres avec une collection hors pair. La mode, comme la littérature, n’est jamais si grande que lorsqu’elle sait rester humaine. Ici, elle l’est.
FM
