LE SOUFFLE D’UNE NOUVELLE ÈRE CHEZ PROENZA
On attendait ce premier défilé de Scott chez Proenza, comme on attend la première respiration du jour, quand la mer entrouvre ses paupières de sel, et que le ciel se souvient de son nom. Tout parlait déjà. Les présages dressaient leurs mains pour un défilé comme un battement d’aile, une campagne nue, tournée vers la vérité, comme un fruit qu’on ouvre avec lenteur. La créatrice s’est ainsi inclinée sur la maison comme une novice sur un livre ancien, lisant les couleurs comme des fossiles, les matières comme des continents. Elle a trouvé que les fondateurs avaient aimé les femmes, et elle, femme, leur rendrait leur voix souterraine, leur secret de lumière.
La première robe surgit, bleu de brume, bleu d’eau qui rêve, et déjà la taille s’ouvrait comme une vallée, pour un rythme qui bat sous la peau. La main parlait avec la toile et devenait drapeau d’une élégance future, sur la peau du temps.
Elle écoutait ses clientes comme on écoute un oracle timide caché dans une chambre de velours. Elle parlait d’épaules, de lignes, de cette confiance qu’un vêtement dépose sur le cœur comme une médaille invisible. Ainsi, ces voix sont nées, un tailleur, un pantalon marin réinventé comme une prière pour Chateaubriand, des textures vivantes où le pied-de-poule respirait comme un animal discret.
L’esprit de Proenza demeurait dans les œillets comme des constellations domestiques, dans les manteaux textes de lois, dans les chaussures qui savaient voyager, dans des sacs où la tradition embrassait l’aventure neuve.
Puis, vinrent les dernières robes, fleurissantes comme une mémoire en feu, asymétriques comme un visage aimé dans le sommeil, superposées comme les souvenirs d’un amour. Elles scellèrent la vision de la femme urbaine, multiple, libre, marchant parmi les foules et les capitales, héroïne du présent, archéologue du futur, femme debout dans les ruines lumineuses de demain. Finalement, je suis déçu, mais je sais qu’il faut laisser un jeune créateur s’installer dans une maison, comme on laisse une vigne enlacer la terre ancienne, avec patience et lumière.
FM

