MODE ET MÉDAILLES EN CHOCOLAT
Nous vivons dans un monde en déliquescence, un monde où l’on décore à l’Élysée un petit Pharrell Williams de la Légion d’honneur lui qui fut condamné à New York pour avoir confondu hommage et photocopieuse en pillant Marvin Gaye. Un monde où l’on distribue les médailles comme des tickets de métro, à la vitesse d’un Shinkansen lancé à pleine vitesse, alors c’est à Beckham, décorée des Arts et Lettres. Elle qui n’a jamais cousu une robe ni dessiné autre chose qu’un contour de sourcil. Mais après Jacquemus, pourquoi pas ?
En vérité, c’est un monde qui chute sans même la décence de le faire élégamment. Un monde où les moins que rien sont hissés à l’honneur, un monde où l’on empâte la couleur, où l’on découpe le réel à la truelle pour que tout brille, que tout explose au final comme la rébellion de Bolotnikov. On pointille l’éléphant, on atomise le bon goût, et l’on finit par infliger à l’œil de l’esprit la même douleur que celle qu’une tôle clinquante renvoie au soleil. La vulgarité n’est jamais belle et la repeindre ne l’anoblit pas, elle la rend seulement plus bruyante.
Il y a déjà assez de choses vulgaires dans ce monde, assez de « Lipanare », sans qu’il soit nécessaire d’augmenter encore le nombre submergeant de cette écœurante médiocrité mondaine. Voici donc les nouveaux maitres, nourris de la cervelle des autres. Ils se dissimulent derrière des paradoxes truculents, des axiomes creux, des beuglements pseudo révolutionnaires et des brutalités mal élevées. Ils piétinent toutes les idées reçues et cela leur réussit parfois, souvent même. Mais auprès de qui ? Des chacals de la mode posthume, occupés à ronger les restes des lions morts.
Voici les derniers chants du cygne, devenus de simples cris de canard. Et toi, misérable copiste expiant en ce purgatoire des lettres, toi dont l’âme, tarie par quelque ironie cruelle, se voit dépouillée jusqu’à la moelle de ce feu sacré qu’on nomme le talent ! Ô pauvre hère, acharné à ruminer une idée stérile comme le forçat gratte sa plaie purulente, espérant en arracher je ne sais quel ver rongeur, parasite insidieux de l’esprit, qui jamais ne fut l’hôte de ton front, et qui, tel un usurpateur sans scrupule, s’y installe en tyran, éternel et vorace ! Et le monde qui applaudit mérite au moins une chose : notre ironie.
FM
