IM LA LITURGIE DE LA MATIÈRE

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Sous les voûtes gothiques, le Collège des Bernardins, où la pierre tremble encore par les siècles disparus, avec ses arches séculaires, semblaient recueillir cette mode dépouillée de ses frivolités et en faisaient liturgie. Ce n’était point un défilé, mais une initiation silencieuse, où l’élégance masculine, ramenée à ses principes premiers, s’offrait comme une croyance douce, presque monastique, à laquelle l’âme consent volontiers à se livrer.

Intitulée « Formless Form », tout un programme ! La collection se présentait telle une méditation sur l’invisible. Fidèle à l’esprit d’Issey Miyake, dont l’ombre tutélaire plane encore sur ces étoffes, elle affirmait avec une autorité tranquille la survivance d’un style que le temps n’a point flétri. Ici, la forme ne s’impose pas au corps : elle l’écoute, l’accompagne, l’honore dans ses élans et ses silences. Ces manteaux et vestes, souvent réduits à de simples rectangles, se transforment par le geste, se drapent, se nouent, et passent de l’utile au sublime avec la modestie des choses bien conçues, comme les drapées de Madame Alix.

Les accessoires, enfin, parlent la langue discrète du quotidien transfiguré. Les sacs TO GO, empruntant la forme humble d’un gobelet de papier, mais élevés ici au rang de cuir noble, célèbrent cette beauté fonctionnelle que la vie moderne cache parfois sous l’habitude. Quant aux laines venues de Bishu, terres lointaines et industrieuses du Japon, et aux étoffes réversibles, mates ou lustrées comme une eau changeante, elles murmurent une vérité ancienne : la sophistication n’a point besoin de rigidité. Il suffit d’accorder à la matière sa liberté, pour que naisse une allure à la fois abandonnée et souveraine, telle l’homme qui marche en paix sous les ruines du temps. Une dissonance cependant venait rompre la pureté du message : la référence à la femme voilée d’Iran, figure chargée d’une douleur politique et humaine, dont la présence jurait avec cette célébration du corps libre et consentant.

FM