LE ROI BURGER OU LE RÈGNE DU MENU XXL

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Un chef d’État en carton graisseux, couronné d’un gobelet géant, la paille comme sceptre, l’ego dégoulinant de sauce sucrée. Gouverner, pour lui, n’est qu’une variante du drive-in, il commande, il consomme, il jette. Le pays devient menu XXL. Lire lui donne de l’urticaire, écouter l’ennuie et parler correctement lui paraît suspect, comme une ruse d’intellectuelle famélique. Il préfère le grognement satisfait, de phrases tronquées, pour une idée jetée comme un os à une foule dressée à applaudir avant de comprendre.

Il existe une illusion tenace dans son esprit, celle qui prétend qu’un pays peut être dirigé sans culture, comme on conduit un chariot de supermarché, à coups d’instinct et de slogans. Cette illusion n’est pas seulement stupide, elle est mortifère.

Cet homme n’a jamais donné de lui-même, seulement pris. Pris l’attention, pris l’argent, pris la lumière. Il confond l’État avec un compte bancaire personnel et le pouvoir avec un massage permanent de l’ego. Les courtisans le savent. Ils viennent avec des caresses verbales, des sourires huilés, des chiffres bien ronds qui tintent comme des pièces dans une soucoupe. Il adore ça. L’or l’apaise. Le froissement des billets est sa berceuse.

Dans son monde, l’argent n’est plus un moyen, mais une boussole morale. Ce qui rapporte est juste, ce qui coûte est suspect. Ce qui ne se vend pas n’existe pas, et la valeur humaine se mesure en chiffres, la loyauté en donations, la parole en contrats.

La vulgarité, elle, n’est pas un accident, c’est un programme. Elle sert à écraser toute nuance, à ridiculiser la complexité, à transformer le débat en pugilat de foire. Plus c’est grossier, plus ça passe. Plus c’est simpliste, plus ça rassure. Ainsi, la pensée raffinée est dénoncée comme trahison.

Ce type de gouvernance ne construit rien, il se nourrit de la colère qu’il attise, de la peur qu’il entretient, de l’avidité qu’il célèbre. Et quand le vide apparaît, quand les fissures deviennent visibles, il accuse la culture d’être élitiste, la connaissance d’être arrogante, l’intelligence d’être déconnectée. Comme si penser était un crime, comme si comprendre était une menace.

Le Roi du Burger n’est qu’un adolescent qui n’a jamais grandi, et le monde lui apparaît comme une cour de récréation géante où tout lui serait dû. Les lois sont des règles inventées par les autres. Ainsi, règne le Roi Burger, grotesque et vorace, persuadé que la couronne suffit à faire de lui un seigneur, et que l’or remplace l’honneur. Jamais l’humanité n’a réussi l’exploit de condenser autant de grotesque. Le monde a connu des tyrans, des fous, des imposteurs et des clowns, mais jamais encore il n’avait vu le ridicule se lever, marcher, parler et se prendre pour le centre de l’univers à ce point.

FM