LA MODE EN MÉNAGERIE SUR CINTRE
Marco de Vincenzo, samedi soir, a décidé que le summum du chic, c’était de se promener avec une tête de rhinocéros miniature sur son veston. Y a-t-il un message en lien avec le livre d’Eugène Ionesco ? Évidemment non, car les gens de mode ne lisent pas. Il s’agit simplement d’une performance où un styliste décide de coller un empaillé sur le podium, faisant écho aux autres empaillés du public, et personne n’y a rien vu!
Mais ici, pas de message écologique ou animalier : Marco s’inspire d’une campagne de 1997, où l’humain et l’animal fusionnaient. Sans doute l’époque bénie où l’on confondait un mannequin et une girafe après trois verres de chianti, sorte de « condamnés de draps communs « .
Entre classicisme et fantaisie, un prétexte pour mettre des plumes sur des tweeds, et appeler cela une « réflexion sur l’instinct face à l’intellect ». Autrement dit : si c’est moche et cher, c’est la touche conceptuelle façon Jacque-mumuse.
Les smokings sont en soie, les manteaux en tweed, les revers en plumes, et les blousons décorés de tête de hiboux autrement dit, une ménagerie sur cintre. On imagine la scène : « Chéri, tu as vu mon pull hibou ? Non, mais il était chouette ! »
Etro, c’est « le goût italien avec une pointe d’excentricité ». Autrement dit, le pays où même les pyjamas coûtent un « Pascal Marrant », mais on te dit que c’est « décontracté ». Les peignoirs deviennent des vêtements d’extérieur, et on attend avec impatience la prochaine collection : le caleçon philosophique et la charentaise métaphysique pour vieille incontinente.
Enfin, interrogé sur son animal préféré, Marco déclare les aimer tous. Une réponse digne d’un concours de Miss Univers en version couture, mais attention : il est du signe de l’âne cela explique peut être cela ! Énergique, indépendant, aventureux… bref, le portrait-robot d’un homme qui met des têtes de rhinocéros sur ses vestes pour attirer les jeunes loups grâce à sa grosse corne. Une bonne idée, peut-être, mais avec son look à la Jacques de Bascher, il n’en a pas vraiment besoin.
Bref, Etro, c’est la jungle chic : une savane en soie pour la jungle des gens de mode, où les instincts sont soigneusement repassés, les plumes bien peignées pendant les défilés, et où leur côté animal se déchaîne seulement dans les backrooms du Marais, le soir venu. Des zèbres parfaitement assortis à leurs mocassins ou à leur Marocain, selon les cas.
FM
