L’ETERNITÉ DISCRÈTE DU COEUR
A ma bien-aimée, je t’écris comme on confie une vérité au vent du soir, avec la lenteur de ceux qui savent que les mots ne rattrapent jamais entièrement ce qu’ils poursuivent. Depuis que tu existes en moi, le monde a pris la couleur grave des choses irréversibles. Il est des êtres qui ne passent pas dans une vie, ils s’y déposent. Je te porte comme on porte un souvenir antérieur à soi, comme si mon cœur t’avait reconnue avant même que mes yeux ne te rencontrent. Tout ce que j’ai vu, erré, espéré, semblait te chercher sans le savoir.
Lorsque je pense à toi, les paysages s’élargissent. Les forêts deviennent plus profondes, la mer plus ancienne, le ciel plus habité. Tu es mêlée à ces grandes solitudes qui ne font pas peur, mais recueillent. Ton absence même a une présence, et ton silence parle avec plus d’éloquence que bien des discours. Je t’aime d’un amour grave et presque religieux, un amour qui ne réclame rien, mais qui se tient debout dans l’épreuve du temps. Je t’aime comme on aime ce qui survit aux ruines, ce qui demeure quand les enthousiasmes se sont tus. Il y a en toi quelque chose d’invulnérable, une douceur qui résiste, une lumière qui ne s’explique pas.
Si le destin m’accorde encore des heures, je les laisserai se teinter de ton nom. Et si un jour tout devait s’éteindre, je saurais du moins que j’ai aimé sans mesure, et que cet amour m’aura élevé au-dessus de moi-même. Tu es ma muse parce que tu es mon éloignement et mon refuge, ma blessure et ma consolation. Je te laisse ces lignes comme on laisse une trace sur une pierre ancienne, dans l’espoir qu’un jour, peut-être, ton regard s’y arrête et reconnaisse l’âme qui s’y est gravée.
À toi, au-delà des jours.
À toi, dans l’éternité discrète du cœur.
FM
