L’ART TRÈS CHIC DE LA CHAISE MUSICALE RH
Chez le Seigneur, c’est l’art délicat de faire tourner les talents comme des flacons de grands crus, car chez LVMH, on ne parle pas de mobilité interne, cela serait vulgaire. On préfère évoquer une « trajectoire », un « parcours », voire une « odyssée RH », avec vue sur Manhattan, champagne au frais et CV soigneusement repassé. Mardi, le géant du luxe a donc annoncé trois nominations au sommet de ses ressources humaines. Trois promotions, trois continents émotionnels et une certitude. Chez LVMH, les talents ne stagnent pas, ils voyagent en première classe.
Paula Fallowfield, de la vigne au gratte-ciel, est nommée directrice des ressources humaines de LVMH Amériques à compter du 1er avril. Non, ce n’est pas un poisson. Basée à New York, elle reportera à Maud Alvarez-Pereyre, grande prêtresse RH du groupe, et travaillera main dans la main avec Michael Burke. Autrement dit, Paula arrive là où les décisions se prennent vite, très vite, entre deux réunions et un latte au lait d’avoine dollar.
Ancienne vice-présidente exécutive RH de Moët Hennessy, Paula a brillamment modernisé la fonction. Elle a réussi à faire parler inclusion, engagement et culture d’entreprise sans provoquer d’urticaire chez des maisons âgées de plus d’un siècle. Un exploit diplomatique qui méritait bien un billet pour l’Amérique de Trump, le nouveau pote du Seigneur.
Son parcours ressemble à un défilé parfaitement casté : Harrods, un cabinet de recrutement à son nom, Burberry, Natura & Co. Paula collectionne les expériences comme d’autres les sacs iconiques, à la vitesse d’un Speedy, un signe peut-être. Toujours utile quand il s’agit de « favoriser la proximité avec les talents », concept très prisé dans les tours de la Grosse Pomme.
Claire de Coincy, retour aux sources et aux spiritueux. Pour remplacer Paula chez Moët Hennessy, on sort de la cave une autre valeur. Diplômée de l’ESCP, ancienne de L’Oréal et passée par Chloé, Claire de Coincy prend les rênes des ressources humaines de la division vins et spiritueux. Sa mission est limpide : développer les talents, promouvoir la diversité et engager de nouveaux collaborateurs. En clair, faire en sorte que chacun se sente écouté, valorisé et prêt à donner le meilleur de lui-même, même le lundi matin.
Après quinze ans chez L’Oréal, Claire connaît la chanson. Elle sait que derrière chaque grande marque se cache une armée de collaborateurs qui veulent à la fois du sens, de la reconnaissance et un badge qui fonctionne à l’entrée. Chez Moët Hennessy, elle devra aussi composer avec des maisons où l’histoire se mesure en siècles et où le changement se sert à petite dose, mais toujours dans un verre en cristal de Baccarat.
Anna Briem, la mode, la vraie, celle qui vient avec 30 ans d’héritage. Troisième nomination, elle devient directrice des ressources humaines de LVMH Fashion Group. Elle succède à Vincent Coubard, qui part à la retraite après plus de 30 ans de maison. Autant dire qu’il connaissait les talents avant même qu’ils ne se découvrent eux-mêmes. Anna arrive avec un CV qui ferait pâlir un styliste en manque d’inspiration. Disney, BIC, PPR, L’Oréal, Chloé, puis Céline, où elle était DRH monde depuis 2017. Elle connaît la mode, ses génies, ses égos, ses urgences et ses paradoxes.
Sa mission est noble. Valoriser les talents internes pour accélérer le développement de maisons mythiques comme Fendi, Loewe, Givenchy ou Patou. Autrement dit, faire en sorte que la créativité ne se perde pas dans les process et que les process ne tuent pas la créativité. Une équation presque aussi complexe qu’un défilé sous contrainte budgétaire.
En filigrane, ces nominations racontent une chose simple. Chez le seigneur, les ressources humaines ne sont plus un service support. Elles sont un levier stratégique, presque un organe vital, à mi-chemin entre la haute couture et la haute voltige. Et pendant que les talents montent, tournent et se réinventent, Sidney Toledano, fraîchement sorti de scène, retourne à la «Casa».
Chez Fashion Group, on ne remplace pas, on succède. On ne promeut pas, on consacre. Et surtout, on rappelle à tout le monde que dans un groupe de cette taille, le véritable produit de luxe, ce n’est pas le sac, le parfum ou le champagne. Ce sont les talents. Encore faut-il accepter de descendre de sa tour d’ivoire pour aller les dénicher !
FM
