{"id":2865,"date":"2024-02-19T07:10:05","date_gmt":"2024-02-19T06:10:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.mouclier.com\/?p=2865"},"modified":"2024-02-19T07:10:05","modified_gmt":"2024-02-19T06:10:05","slug":"louis-vuitton-lapprentissage-dun-metier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/2024\/02\/19\/louis-vuitton-lapprentissage-dun-metier\/","title":{"rendered":"LOUIS VUITTON L\u2019APPRENTISSAGE D\u2019UN M\u00c9TIER"},"content":{"rendered":"<header class=\"entry-header\">\n<div class=\"meta-post\" style=\"text-align: justify;\">Constant \u00e9tait un de ses deux cousins \u00e0 l\u2019avoir le mieux accueilli. Il\u00a0 lui enseigna le m\u00e9tier d\u2019emballeur. Toute la journ\u00e9e, il allait proposer ses services de magasin en magasin. Sa technique \u00e9tait simple : post\u00e9 dans une rue commer\u00e7ante fr\u00e9quent\u00e9e par les aristocrates et les bourgeois, il attendait de voir un client sortir d\u2019une boutique pour y entrer aussit\u00f4t et proposer l\u2019emballage. La plupart du temps, cela fonctionnait, sauf quand le marchand pouvait se payer un emballeur \u00e0 demeure.<\/div>\n<\/header>\n<div class=\"entry-content\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Louis fit donc ses armes aux c\u00f4t\u00e9s de son cousin, apprenant les subtilit\u00e9s du m\u00e9tier et l\u2019emploi des diff\u00e9rents mat\u00e9riaux d\u2019emballage. Le papier journal faisait merveille pour les assiettes et les verres, agr\u00e9ment\u00e9 de paille pour \u00e9viter le contact entre les diff\u00e9rentes pi\u00e8ces et amortir les chocs lors du d\u00e9placement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En revanche, pour les objets de porcelaine pourvus d\u2019anses ou de d\u00e9tails rapport\u00e9s, les soupi\u00e8res, les sauci\u00e8res, les tasses, les cafeti\u00e8res, il fallait pr\u00e9voir plusieurs couches et diff\u00e9rentes mati\u00e8res. L\u2019art du pliage assurait que chaque objet soit bien maintenu par un papier qui ne bougerait pas, ne se d\u00e9ferait pas. Louis assistait Constant \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un apprenti, \u00e9tonn\u00e9 chaque fois par les boutiques o\u00f9 il entrait, qui vendaient ici du tissu, l\u00e0 des frivolit\u00e9s, de la quincaillerie ou de la mercerie, quelquefois des flacons de pharmacie qu\u2019il fallait prot\u00e9ger pour les livrer \u00e0 un m\u00e9decin. Les objets particuli\u00e8rement fragiles \u00e9taient plac\u00e9s dans une caisse en bois une fois emball\u00e9s. Constant portait sur le dos des planchettes appel\u00e9es layettes, des clous et un marteau. Il cr\u00e9ait, chez le marchand, des bo\u00eetes pour terminer son emballage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Louis \u00e9tait h\u00e9berg\u00e9 chez ses cousins qui lui donnaient \u00e0 manger le midi, mais le soir il n\u2019y avait rien pour lui. De plus, la vie dans le petit appartement n\u2019\u00e9tait pas agr\u00e9able. Fr\u00e9d\u00e9ric buvait beaucoup et piquait des col\u00e8res pour un rien comme tous les alcooliques qui se respectent. Il faisait monter une amie, jamais la m\u00eame, un jour sur deux, qui distrayait les trois fr\u00e8res tour \u00e0 tour. Fr\u00e9d\u00e9ric avait propos\u00e9 \u00e0 Louis qu\u2019elle l\u2019initie aux \u00abchoses de l\u2019amour\u00bb. Il avait refus\u00e9, s\u2019attirant de la part de son cousin des moqueries appuy\u00e9es. Il avait pass\u00e9 une partie de la nuit assis par terre \u00e0 contempler la lune et \u00e0 ronger son frein en se divertissant du passage des rats. Des rires et des cris s\u2019\u00e9chappaient de la fen\u00eatre du troisi\u00e8me \u00e9tage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Constant lui avait racont\u00e9 que tout se passait rue du Faubourg-Saint-Honor\u00e9 et dans son prolongement, rue Saint-Honor\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 se trouvaient les belles boutiques et la client\u00e8le fortun\u00e9e. S\u2019il devait lui aussi travailler comme emballeur ind\u00e9pendant, il lui fallait un lieu, du papier, du bois, des outils mais il n\u2019avait rien de tout cela.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il devait donc se faire engager par un emballeur au Faubourg, une boutique sur cinq \u00e9tait une entreprise d\u2019emballage, croquigolet de penser que le seigneur des Arnault finalement a achet\u00e9 une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019emballage ! Au bout de deux jours d\u2019observation, il conclut que celui qui avait le plus de clients \u00e9tait un certain Mar\u00e9chal, au 327 de la rue Saint-Honor\u00e9, \u00e0 l\u2019angle avec la rue du 29-Juillet. Ainsi il s\u2019y pr\u00e9senta.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La boutique, bien que ne proposant que de l\u2019emballage, \u00e9tait cossue. Il entra tout penaud. Pour la premi\u00e8re fois de sa vie, il venait r\u00e9clamer un travail. Bien s\u00fbr, il l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 fait pendant son voyage, mais ce n\u2019\u00e9tait pas pareil. C\u2019\u00e9tait des coups de main. L\u00e0, il s\u2019attaquait \u00e0 un expert, apparemment appr\u00e9ci\u00e9 et reconnu. Un homme bien v\u00eatu, la quarantaine, les moustaches taill\u00e9es parfaitement, se tenait devant une sorte de comptoir en bois sculpt\u00e9 o\u00f9 il devait sans doute percevoir les r\u00e9tributions des clients. \u00c0 peine Louis \u00e9tait il entr\u00e9 que Mar\u00e9chal fron\u00e7a les sourcils.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Bonjour, m\u2019sieur.<br \/>\n\u2014 Jeune gaillard, que cherches-tu ici ?<br \/>\n\u2014 Je suis fort et courageux \u00e0 l\u2019ouvrage, je viens du Jura o\u00f9 ma famille est \u00e9tablie depuis toujours, j\u2019ai travers\u00e9 des for\u00eats et je connais le bois.<br \/>\n\u2014 Une promenade en for\u00eat ne fait pas de toi un layetier ni un emballeur, et encore moins un coffretier!<br \/>\n\u2014 J\u2019ai appris chez un menuisier. Je sais m\u00eame faire ma colle.<br \/>\n\u2013 Ici, on utilise des clous.<br \/>\n\u2013 Mon p\u00e8re sciait le bois dans son moulin. Je l\u2019ai vu faire. J\u2019ai v\u00e9cu avec l\u2019\u00e9pic\u00e9a, le sapin, le ch\u00eane, le h\u00eatre, le buis. Je les connais comme on conna\u00eet sa maison d\u2019enfance. Mes cousins m\u2019ont expliqu\u00e9 votre m\u00e9tier. J\u2019ai beaucoup \u00e0 apprendre mais je suis de bonne volont\u00e9, et je peux porter du lourd, mon dos est solide.<br \/>\n\u2013 Un emballeur n\u2019a pas besoin d\u2019un bon dos, il a besoin de comprendre les objets. D\u2019avoir des mains fortes et des doigts agiles.<br \/>\nMontre moi tes mains.<br \/>\nLouis s\u2019ex\u00e9cuta: des mains larges et puissantes, aux ongles noirs, ab\u00eem\u00e9s.<br \/>\n\u2014 Je ne cherche personne. Allez, file.<br \/>\n\u2014 J\u2019ai observ\u00e9 la rue pendant deux jours entiers. Je me suis post\u00e9 devant les autres emballeurs. Ils n\u2019ont pas le quart de votre client\u00e8le. Je veux travailler chez vous, et chez vous seulement.<br \/>\nMar\u00e9chal le regarda, esquissa un sourire.<br \/>\n\u2013 Un jeune homme t\u00eatu.<br \/>\nMon nom veut dire \u00abt\u00eate dure\u00bb.<br \/>\n\u2014 Ce n\u2019est pas un d\u00e9faut, lorsqu\u2019il s\u2019agit du travail. Mais tu as les mains bien sales.<br \/>\n\u2014 Je les laverai. Si vous avez de l\u2019eau, je le fais tout de suite.<br \/>\n\u2014 Je te prends \u00e0 l\u2019essai une semaine. Si tu fais la moindre erreur,\u00a0c\u2019est\u00a0la\u00a0porte.<br \/>\n\u2014 Je ne ferai pas d\u2019erreur, m\u2019sieur.<br \/>\n\u2014 Tu es bien pr\u00e9somptueux.<br \/>\nLouis ne connaissait pas ce qualificatif. Serait-ce flatteur ou, au contraire, critique?<br \/>\n\u2014 Je veux travailler, et bien. Apprenez moi, s\u2019il vous pla\u00eet.<br \/>\nMar\u00e9chal \u00e9tait surpris par ce caract\u00e8re bien tremp\u00e9.<br \/>\n\u2014 Et tu t\u2019appelles?<br \/>\n\u2013 Louis Vuitton, m\u2019sieur.<br \/>\n\u2013 Bon. Pour commencer, tu vas apprendre \u00e0 dire monsieur, plut\u00f4t que m\u2019sieur.<br \/>\n\u2013 Oui, monsieur.<br \/>\nMar\u00e9chal se tourna vers l\u2019arri\u00e8re de la boutique.<br \/>\n\u2014 Jean? On a un petit jeune. Tu regardes ce que cela donne ?<br \/>\nLe visage de Louis s\u2019\u00e9claira. Il rejoignit l\u2019arri\u00e8re-boutique aper\u00e7ut, accroch\u00e9 au mur, un tr\u00e8fle \u00e0 quatre feuilles dans un cadre. \u00c9tait-ce sa m\u00e8re qui, de l\u00e0-haut, veillait sur lui?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">FM<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Constant \u00e9tait un de ses deux cousins \u00e0 l\u2019avoir le mieux accueilli. Il\u00a0 lui enseigna le m\u00e9tier d\u2019emballeur. Toute la journ\u00e9e, il allait proposer ses services de magasin en magasin. Sa technique \u00e9tait simple : post\u00e9 dans une rue commer\u00e7ante fr\u00e9quent\u00e9e par les aristocrates et les bourgeois, il attendait de voir un client sortir d\u2019une boutique pour y entrer aussit\u00f4t et proposer l\u2019emballage. La plupart du temps, cela fonctionnait, sauf quand le marchand pouvait se payer un emballeur \u00e0 demeure. <\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Louis fit donc ses armes aux c\u00f4t\u00e9s de son cousin, apprenant les subtilit\u00e9s du m\u00e9tier et l\u2019emploi des diff\u00e9rents mat\u00e9riaux d\u2019emballage. Le papier journal faisait merveille pour les assiettes et les verres, agr\u00e9ment\u00e9 de paille pour \u00e9viter le contact entre les diff\u00e9rentes pi\u00e8ces et amortir les chocs lors du d\u00e9placement. <a href=\"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/2024\/louis-vuitton-lapprentissage-dun-metier\/\"><strong><em>Pour lire plus cliquer ici<\/em><\/strong><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2866,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2865"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2865"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2865\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2867,"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2865\/revisions\/2867"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2866"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2865"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2865"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2865"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}