{"id":2854,"date":"2024-02-15T07:08:20","date_gmt":"2024-02-15T06:08:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.mouclier.com\/?p=2854"},"modified":"2024-02-15T07:08:20","modified_gmt":"2024-02-15T06:08:20","slug":"louis-vuitton-son-arrivee-a-paris","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/2024\/02\/15\/louis-vuitton-son-arrivee-a-paris\/","title":{"rendered":"LOUIS VUITTON SON ARRIV\u00c9E A PARIS"},"content":{"rendered":"<header class=\"entry-header\">\n<div class=\"meta-post\" style=\"text-align: justify;\">Il entra dans Paris \u00e0 la fin de juillet 1837, et quelle ne fut pas sa surprise de d\u00e9couvrir une ville sale, puante, d\u00e9sordonn\u00e9e, pleine de mendiants, de pauvres vivants au sol, d\u2019autres afflig\u00e9s de maladies diverses, de gamins errants, v\u00eatus de haillons pires que ceux qu\u2019il portait au moulin.<\/div>\n<\/header>\n<div class=\"entry-content\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Une partie de la population semblait compl\u00e8tement \u00e0 l\u2019abandon, et l\u2019odeur pestilentielle, m\u00e9lange d\u2019urine et de pourriture, prenait aux narines jusqu\u2019\u00e0 donner la naus\u00e9e. La chaleur n\u2019arrangeait rien. Il demanda son chemin et descendit en direction du c\u0153ur de Paris. C\u2019\u00e9tait donc cela, la ville dont il avait r\u00eav\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il d\u00e9couvrit les marchands ambulants, aiguiseurs de couteaux, vendeurs des quatre saisons, jongleurs de rue, et femmes de mauvaise vie qui haranguaient les passants. Il regardait les ruelles pleines de poubelles \u00e0 ciel ouvert, les cahutes de mis\u00e8re, les petits immeubles dans des impasses plus qu\u2019\u00e9troites, et les maisons dont certaines semblaient sur le point de s\u2019effondrer. Tout semblait chaotique, d\u00e9sorganis\u00e9, surpeupl\u00e9 et parfois dangereux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui le frappait, c\u2019\u00e9taient toutes ces lettres align\u00e9es les unes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres sur les devantures des immeubles. Quels \u00e9taient donc ces endroits myst\u00e9rieux, couverts de signes \u00e9tranges ? Il comprit que ne pas savoir lire lui fermerait les portes de tout un monde, et il pensa qu\u2019il devait rem\u00e9dier \u00e0 cela rapidement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il savait que ses cousins \u00e9loign\u00e9s habitaient pr\u00e8s de la Concorde, et que dans l\u2019adresse, il \u00e9tait question d\u2019une sainte Anne. Il demanda son chemin, mais son accent du Jura ne l\u2019aidait point. Une femme se moqua de lui, riant la bouche ouverte : elle n\u2019avait plus aucune dent. Plus loin, un homme accepta de l\u2019\u00e9couter. La Concorde ? Personne ici ne savait o\u00f9 cela se trouvait. Chacun vivait-il donc uniquement dans son quartier ? Enfin, un agent de la mar\u00e9chauss\u00e9e le renseigna, il fallait rejoindre la Seine, passer un pont, et se diriger tout droit vers l\u2019ouest.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s avoir travers\u00e9 le quai Saint-Bernard, la halle aux vins et ses pavillons impressionnants qui constituaient une sorte de ville dans la ville, pleine d\u2019hommes affair\u00e9s \u00e0 charger et d\u00e9charger des caisses et des tonneaux, il d\u00e9couvrit enfin la Seine. Un \u00e9norme fleuve, tr\u00e8s anim\u00e9, avec nombre d\u2019embarcations, dont certaines fragiles, mais aussi une foule au bord de l\u2019eau. Il s\u2019assoupie pour sa premi\u00e8re nuit dans la capitale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, lors de sa premi\u00e8re nuit \u00e0 Paris, il perdit tout. La boule de buis de son ami, celle qui l\u2019avait sauv\u00e9 du loup, le couteau donn\u00e9 par le menuisier, son gilet de mouton, sa pi\u00e9cette d\u2019or, ses souliers de cuir, et m\u00eame les sabots de son pays d\u2019enfance, qu\u2019il avait gard\u00e9s pr\u00e9cieusement. Il faisait nuit et il \u00e9tait en pantalon et chemise, laquelle s\u2019\u00e9tait d\u00e9chir\u00e9e pendant le combat pour se d\u00e9fendre des voleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il se sentit submerg\u00e9 par la tristesse. Ce qui lui faisait le plus de peine, ce n\u2019\u00e9tait pas la pi\u00e9cette d\u2019or en laquelle il avait plac\u00e9 tant de r\u00eaves, non, c\u2019\u00e9tait ses sabots qui lui avaient fait si mal aux pieds pendant son voyage, et la balle de buis de son copain Souret. Il mesura \u00e0 quel point on peut s\u2019attacher \u00e0 certains objets, et \u00e9trangement quand on y met de soi-m\u00eame, l\u2019objet prend une importance plus grande encore\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il finit par trouver\u00a0 la rue Sainte-Anne, les immeubles comportaient tous quatre ou cinq \u00e9tages et semblaient bien construits. Ses cousins habitaient-ils un quartier cossu ? Les pav\u00e9s de bois, qui couvraient le sol, l\u2019\u00e9tonn\u00e8rent beaucoup. Il s\u2019agenouilla, les toucha. Du bois pour paver les rues, plut\u00f4t que de l\u2019utiliser pour se chauffer, ou pour construire des maisons et du mobilier ? Un homme, une torche \u00e0 la main, cria : \u00abFeu, feu, j\u2019ai le feu, mesdames, j\u2019ai le feu, messieurs, allumez vos chandelles. Louis lui demanda s\u2019il connaissait la famille Vuitton, Oui, r\u00e9pondit l\u2019homme, et lui montra l\u2019entr\u00e9 d\u2019un immeuble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il entra, frappa \u00e0 la porte du rez-de-chauss\u00e9e. Une jeune femme, pas plus de vingt ans et trois enfants en bas \u00e2ge accroch\u00e9s \u00e0 ses jupes sales, lui indiqua qu\u2019il devait monter au troisi\u00e8me \u00e9tage. Ce serait le deuxi\u00e8me appartement \u00e0 droite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Louis grimpa l\u2019escalier et frappa \u00e0 la petite porte de bois. Un homme lui ouvrit, aussi grand que lui, peut-\u00eatre \u00e2g\u00e9 de cinq ans de plus, en habit de nuit. Il \u00e9tait encore t\u00f4t.<br \/>\n\u2014 Vous \u00eates ?<br \/>\n\u2013 Ton cousin Louis, fils de Xavier Vuitton. J\u2019arrive de notre moulin d\u2019Anchay.<br \/>\n\u2014 Mon cousin ? La derni\u00e8re fois que j\u2019 t\u2019ai vu, t\u2019\u00e9tais haut comme trois pommes.<br \/>\nLouis sourit.<br \/>\n\u2014 Dis donc, dit-il en d\u00e9taillant sa chemise et ses pieds nus, tu es en bien sale \u00e9tat !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019appartement \u00e9tait exigu et seulement \u00e9clair\u00e9 par une minuscule fen\u00eatre. Imm\u00e9diatement, Laurent lui servit du vin tandis que Constant et Fr\u00e9d\u00e9ric lui faisaient raconter ses aventures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ses trois cousins vivaient l\u00e0, partageant le m\u00eame lit, et ils \u00e9taient bien, ayant chacun un m\u00e9tier et un \u00abgagne-pain\u00bb.<br \/>\n\u2014 Qu\u2019est-ce que tu sais faire ?<br \/>\n\u2014 Je connais le bois, r\u00e9pondit Louis.<br \/>\n\u2013 Quand on conna\u00eet le bois, on peut travailler ici, lui dit Constant.<br \/>\nLaurent farfouilla dans un tas de vieilles affaires et en sortit une paire de chaussons bien ab\u00eem\u00e9s.<br \/>\n-T\u2019as qu\u2019\u00e0 mettre \u00e7a.<br \/>\n\u2014 Tu as de l\u2019argent? demanda Fr\u00e9d\u00e9ric.<br \/>\n\u2014 Non. J\u2019avais une pi\u00e8ce d\u2019or, on\u00a0me\u00a0l\u2019a\u00a0vol\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Constant, un des deux cousins \u00e0 l\u2019avoir le mieux accueilli, lui enseigna le m\u00e9tier d\u2019emballeur. Toute la journ\u00e9e, il allait proposer ses services de magasin en magasin. Sa technique \u00e9tait simple : post\u00e9 dans une rue commer\u00e7ante fr\u00e9quent\u00e9e par les aristocrates et les bourgeois, il attendait de voir un client sortir d\u2019une boutique pour y entrer aussit\u00f4t et proposer l\u2019emballage. La plupart du temps, cela fonctionnait, sauf quand le marchand pouvait se payer un emballeur \u00e0 demeure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Louis fit donc ses armes aux c\u00f4t\u00e9s de son cousin, apprenant les subtilit\u00e9s du m\u00e9tier et l\u2019emploi des diff\u00e9rents mat\u00e9riaux d\u2019emballage. Le papier journal faisait merveille pour les assiettes et les verres, agr\u00e9ment\u00e9 de paille pour \u00e9viter le contact entre les diff\u00e9rentes pi\u00e8ces et amortir les chocs lors du d\u00e9placement. En revanche, pour les objets de porcelaine pourvus d\u2019anses ou de d\u00e9tails rapport\u00e9s, les soupi\u00e8res, les sauci\u00e8res, les tasses, les cafeti\u00e8res, il fallait pr\u00e9voir plusieurs couches et diff\u00e9rentes mati\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019art du pliage assurait que chaque objet soit bien maintenu par un papier qui ne bougerait pas, ne se d\u00e9ferait pas. Louis assistait Constant \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un apprenti, \u00e9tonn\u00e9 chaque fois par les boutiques o\u00f9 il entrait, qui vendaient ici du tissu, l\u00e0 des frivolit\u00e9s, de la quincaillerie ou de la mercerie, quelquefois des flacons de pharmacie qu\u2019il fallait prot\u00e9ger pour les livrer \u00e0 un m\u00e9decin. Les objets particuli\u00e8rement fragiles \u00e9taient plac\u00e9s dans une caisse en bois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">FM<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Il entra dans Paris \u00e0 la fin de juillet 1837, et quelle ne fut pas sa surprise de d\u00e9couvrir une ville sale, puante, d\u00e9sordonn\u00e9e, pleine de mendiants, de pauvres vivants au sol, d\u2019autres afflig\u00e9s de maladies diverses, de gamins errants, v\u00eatus de haillons pires que ceux qu\u2019il portait au moulin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Une partie de la population semblait compl\u00e8tement \u00e0 l\u2019abandon, et l\u2019odeur pestilentielle, m\u00e9lange d\u2019urine et de pourriture, prenait aux narines jusqu\u2019\u00e0 donner la naus\u00e9e. La chaleur n\u2019arrangeait rien. Il demanda son chemin et descendit en direction du c\u0153ur de Paris. 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