{"id":13445,"date":"2026-10-20T07:12:47","date_gmt":"2026-10-20T05:12:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.mouclier.com\/?p=13445"},"modified":"2026-10-20T07:12:47","modified_gmt":"2026-10-20T05:12:47","slug":"les-quatres-saisons-au-bord-du-gouffre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/2026\/10\/20\/les-quatres-saisons-au-bord-du-gouffre\/","title":{"rendered":"LES QUATRES SAISONS AU BORD DU GOUFFRE"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Il y a des matins o\u00f9 l&rsquo;on regrette presque de s&rsquo;\u00eatre r\u00e9veill\u00e9. Non par haine de la vie, mais par \u00e9puisement du monde. Cette fatigue ne vient ni du travail, ni de l&rsquo;\u00e2ge, ni du manque de sommeil. Une fatigue de civilisation, celle qui vous prend \u00e0 la gorge lorsque vous ouvrez les yeux sur une plan\u00e8te devenue un immense asile \u00e0 ciel ouvert, dirig\u00e9 par ceux qui auraient autrefois eu bien du mal \u00e0 en franchir la porte autrement que comme pensionnaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je regarde ce monde, et je ne le reconnais plus ! Ou peut-\u00eatre est-ce lui qui, d\u00e9barrass\u00e9 de ses derniers masques, r\u00e9v\u00e8le enfin son v\u00e9ritable visage ? Un visage hideux, d\u00e9form\u00e9 par l&rsquo;argent, la vulgarit\u00e9, la violence et cette insondable b\u00eatise qui semble d\u00e9sormais tenir lieu d&rsquo;intelligence politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les monstres ne se cachent plus sous les lits des enfants. Ils si\u00e8gent dans des palais, voyagent en avions priv\u00e9s, donnent des conf\u00e9rences de presse et serrent avec les mains ensanglant\u00e9es des rang\u00e9es de drapeaux. Ils poss\u00e8dent des arm\u00e9es, des milliards, et des millions d&rsquo;admirateurs d\u00e9biles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un Poutine qui bombarde, et un Trump qui vocif\u00e8re, les petits \u00ab\u00a0Schicklgruber\u00a0\u00bb de pacotille prolif\u00e8rent. Les uns r\u00eavent d&#8217;empires, les autres de murs, de territoires, de domination ou de revanche. Aucun ne semble r\u00eaver de beaut\u00e9. Aucun ne semble se demander ce que deviendrait un monde o\u00f9 l&rsquo;on apprendrait aux enfants \u00e0 \u00e9couter un violon avant de leur apprendre \u00e0 ha\u00efr leur voisin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je les imagine devant un piano. Le spectacle serait presque comique s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas si tragique. Leurs doigts habitu\u00e9s \u00e0 signer des d\u00e9crets, \u00e0 d\u00e9signer des ennemis et \u00e0 compter des milliards seraient probablement incapables de faire na\u00eetre une \u00e9motion d&rsquo;une simple touche d&rsquo;ivoire, on le voit quand le seigneur joue, il peine \u00e0 faire jaillir une \u00e9motion.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Nous avons confi\u00e9 le destin du monde \u00e0 des hommes qui savent conqu\u00e9rir des territoires, mais qui seraient incapables de conqu\u00e9rir un c\u0153ur autrement que par la peur.<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant ce temps, notre soci\u00e9t\u00e9 poursuit sa descente vers un gouffre dont personne ne distingue plus le fond. Les riches sont devenus si riches qu&rsquo;ils ne savent plus quoi acheter. Les pauvres si pauvres qu&rsquo;ils ne savent plus quoi esp\u00e9rer. Entre les deux, une humanit\u00e9 \u00e9puis\u00e9e court derri\u00e8re des \u00e9crans, des apparences et des promesses de bonheur livrables en vingt-quatre heure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne parle plus, on publie. On n&rsquo;aime plus, on consomme. On ne r\u00e9fl\u00e9chit plus, on r\u00e9agit. La compassion est devenue suspecte, la culture un luxe, l&rsquo;intelligence une provocation et la vulgarit\u00e9 une formidable strat\u00e9gie de carri\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons invent\u00e9 des machines capables de parler \u00e0 notre place, mais nous ne savons plus nous m\u00eame parler. Nous avons envoy\u00e9 des sondes aux confins du syst\u00e8me solaire, mais nous sommes incapables de tendre la main \u00e0 celui qui dort sur le trottoir d&rsquo;en face. Le progr\u00e8s technique avance \u00e0 une vitesse vertigineuse. Le progr\u00e8s humain, lui, semble avoir rat\u00e9 le dernier train.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a quelque chose de terriblement humiliant d&rsquo;appartenir \u00e0 une esp\u00e8ce capable d&rsquo;avoir produit Bach, Mozart, Beethoven et Vivaldi, et qui semble aujourd&rsquo;hui fascin\u00e9e par des personnages dont la principale qualit\u00e9 consiste \u00e0 hurler plus fort que les autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis, l&rsquo;autre jour, dans une rue grise, alors que je marchais sans attendre grand-chose de cette journ\u00e9e, j&rsquo;ai entendu quelques notes. Quatre musiciens jouaient <em>Les Quatre Saisons<\/em> de Vivaldi ; deux violons, un alto, un violoncelle. Aucun projecteur, aucun garde du corps, aucun milliard. Juste quatre \u00eatres humains capables de transformer la vibration de quelques cordes et de morceaux de bois,\u00a0 en une \u00e9motion que tous les puissants de cette plan\u00e8te r\u00e9unis seraient incapables de produire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les passants s&rsquo;arr\u00eataient. Une vieille dame souriait. Un enfant \u00e9coutait, fascin\u00e9. Je pensais, \u00e0 cet instant, \u00e0 Poutine, \u00e0 Trump, \u00e0 tous ces empereurs du n\u00e9ant qui passent leur existence \u00e0 vouloir laisser une trace dans l&rsquo;histoire. Vivaldi est mort en 1741. Il n&rsquo;avait ni missile, ni empire financier, ni arm\u00e9e. Et pourtant, pr\u00e8s de trois si\u00e8cles plus tard, quatre inconnus faisaient encore vivre son g\u00e9nie au coin d&rsquo;une rue. Voil\u00e0 la v\u00e9ritable puissance : celle qui rassemble au lieu de d\u00e9truire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le morceau s&rsquo;est achev\u00e9, et en m&rsquo;\u00e9loignant, je me suis dit que ces quatre musiciens anonymes avaient probablement fait davantage pour l&rsquo;humanit\u00e9 en quinze minutes que tous ces dirigeants en une vie enti\u00e8re. Et tant qu&rsquo;il restera quatre musiciens au coin d&rsquo;une rue pour jouer <em>Les Quatre Saisons<\/em>, peut-\u00eatre que ce monde ne sera pas tout \u00e0 fait perdu.<\/p>\n<p>FM \u2665<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Il y a des matins o\u00f9 l&rsquo;on regrette presque de s&rsquo;\u00eatre r\u00e9veill\u00e9. Non par haine de la vie, mais par \u00e9puisement du monde. Cette fatigue ne vient ni du travail, ni de l&rsquo;\u00e2ge, ni du manque de sommeil. Une fatigue de civilisation, celle qui vous prend \u00e0 la gorge lorsque vous ouvrez les yeux sur une plan\u00e8te devenue un immense asile \u00e0 ciel ouvert, dirig\u00e9 par ceux qui auraient autrefois eu bien du mal \u00e0 en franchir la porte autrement que comme pensionnaires.<a href=\"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/2024\/les-quatres-saisons-au-bord-du-gouffre\/\"><strong><em>Pour lire plus cliquer ici<\/em><\/strong><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"author":1,"featured_media":13459,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-13445","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe","clearfix"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13445","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13445"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13445\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13460,"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13445\/revisions\/13460"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/13459"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13445"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13445"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13445"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}