{"id":13405,"date":"2026-10-13T07:00:00","date_gmt":"2026-10-13T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.mouclier.com\/?p=13405"},"modified":"2026-10-13T08:44:26","modified_gmt":"2026-10-13T06:44:26","slug":"les-petits-marquis-de-la-fashion-week","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/2026\/10\/13\/les-petits-marquis-de-la-fashion-week\/","title":{"rendered":"LES PETITS MARQUIS DE LA FASHION WEEK"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Petite chronique d&rsquo;une cour o\u00f9 l&rsquo;apparence tient lieu de talent.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bienvenue \u00e0 la Fashion Week de Paris, ce grand bal des pr\u00e9tentions o\u00f9 les v\u00eatements sont devenus secondaires et o\u00f9 l&rsquo;important n&rsquo;est plus de voir, mais d&rsquo;\u00eatre vu. Au premier rang tr\u00f4ne L\u00e9na Saturation, imp\u00e9ratrice du t\u00e9l\u00e9phone portable, grande pr\u00eatresse de la story et de l&rsquo;autoc\u00e9l\u00e9bration num\u00e9rique. Chaque apparition devient un \u00e9v\u00e9nement, chaque mouvement une publication, chaque respiration une occasion de produire du contenu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non loin de l\u00e0, surgit Le Flop Fringuant, journaliste et grand interpr\u00e8te des myst\u00e8res de la mode en une minute chrono. Il commente, il observe, il s&rsquo;extasie. Son verbe est aussi abondant que les compliments distribu\u00e9s \u00e0 cette petite cour qui adore s&rsquo;entendre c\u00e9l\u00e9brer une diarrh\u00e9e mentale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici venir le grand ordonnateur, le Petit Page, descendu de ses C\u00e9vennes natales pour r\u00e9gner sur ce royaume de chiffons et de vanit\u00e9s, gardien imaginaire du temple, ma\u00eetre des r\u00e9v\u00e9rences, il distribue les b\u00e9n\u00e9dictions mondaines avec la gravit\u00e9 d&rsquo;un cardinal officiant devant une assembl\u00e9e de Bimbos imb\u00e9ciles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son sillage, apparaissent les demi-mondaines de la nouvelle aristocratie num\u00e9rique, dont Philippine le Doigt D\u00e9sireuse, silhouette de cette soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l&rsquo;on confond volontiers invitation et cons\u00e9cration, mondanit\u00e9 et l\u00e9gitimit\u00e9, revenue du fond des \u00e2ges.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et que serait cette com\u00e9die sans Pascal Marrant, \u00e9conomiste de salon et musicien \u00e0 ses heures perdues ? Entre deux consid\u00e9rations sur le march\u00e9 du luxe et trois notes de musique, il apporte \u00e0 cette mascarade la caution intellectuelle dont elle se croit si d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment d\u00e9pourvue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout ce beau monde se croise, se congratule, s&#8217;embrasse et s&rsquo;admire dans une extraordinaire chor\u00e9graphie de l&rsquo;entre-soi. Mais soudain, les voici les autres : les anonymes, les sans-grade&#8230; Bref, les manants ou le peuple \u00e0 votre guise. Ceux dont personne ne conna\u00eet le nom, mais qui semblent conna\u00eetre toutes les portes d&rsquo;entr\u00e9e. Ceux qui collectionnent les invitations comme d&rsquo;autres les timbres, qui photographient les premiers rangs sans jamais comprendre ce qui se passe sur le podium. Les seuls d\u00e9fil\u00e9s qu&rsquo;ils connaissent, sont les d\u00e9fil\u00e9s de P\u00f4le Emploi, mais r\u00eavent de ceux de Saint Laurent. Les voil\u00e0 transform\u00e9s en critiques de mode, experts en \u00e9l\u00e9gance, arbitres du bon go\u00fbt, pour peu qu&rsquo;une attach\u00e9e de peste, dipl\u00f4m\u00e9e en insignifiance leur ait accord\u00e9 une place au fond d&rsquo;une salle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et pendant que cette cour parade, pose et papillonne, quelque part dans Paris, des mains coupent, assemblent, b\u00e2tissent, cousent, d\u00e9cousent et recommencent. Les cr\u00e9ateurs travaillent, les artisans inventent, les ateliers fabriquent ce que les autres s&#8217;empressent de s&rsquo;approprier symboliquement. Car voil\u00e0 cette grande Aporie de la Fashion Week : ceux qui font la mode sont parfois moins visibles et moins utiles que ceux qui viennent simplement la regarder.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autrefois, Paris faisait d\u00e9filer des cr\u00e9ations. Aujourd&rsquo;hui, elle fait d\u00e9filer des r\u00e9putations. La mode \u00e9tait un art, elle devient un pr\u00e9texte et le premier rang \u00e9tait une place, il est devenu une profession. Dans cette immense procession d&rsquo;infatuation, chacun se croit indispensable \u00e0 un spectacle dont il n&rsquo;est pourtant que le spectateur. La Fashion Week n&rsquo;a pas perdu son public. Elle a simplement laiss\u00e9 son public se prendre pour le spectacle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>FM\u2665<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Petite chronique d&rsquo;une cour o\u00f9 l&rsquo;apparence tient lieu de talent.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bienvenue \u00e0 la Fashion Week de Paris, ce grand bal des pr\u00e9tentions o\u00f9 les v\u00eatements sont devenus secondaires et o\u00f9 l&rsquo;important n&rsquo;est plus de voir, mais d&rsquo;\u00eatre vu. Au premier rang tr\u00f4ne L\u00e9na Saturation, imp\u00e9ratrice du t\u00e9l\u00e9phone portable, grande pr\u00eatresse de la story et de l&rsquo;autoc\u00e9l\u00e9bration num\u00e9rique. 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