{"id":13311,"date":"2026-10-12T07:01:37","date_gmt":"2026-10-12T05:01:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.mouclier.com\/?p=13311"},"modified":"2026-10-12T07:01:37","modified_gmt":"2026-10-12T05:01:37","slug":"gaultier-de-trois-quarts","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/2026\/10\/12\/gaultier-de-trois-quarts\/","title":{"rendered":"GAULTIER DE TROIS QUARTS"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Dimanche dernier, j\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 un d\u00e9fil\u00e9 Jean Paul Gaultier. Enfin, quand je dis \u00ab assist\u00e9 \u00bb\u2026 J\u2019\u00e9tais assis, c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 beaucoup ! Et quand je dis \u00ab Jean Paul Gaultier \u00bb, je devrais plut\u00f4t dire \u00ab Jean Paul Laptkin \u00bb, puisque Jean Paul est parti en 2020. Il est parti, mais la maison est rest\u00e9e. C\u2019est g\u00e9n\u00e9ralement le contraire : la maison part et le monsieur reste, dans son salon, face \u00e0 un huissier ou \u00e0 un fonctionnaire de la brigade financi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, on a engag\u00e9 un N\u00e9erlandais.\u00a0<em>Un N\u00e9erlandais ! Vous vous rendez compte ? <\/em>Un homme du plat pays, charg\u00e9 de nous inventer des silhouettes f\u00e9minines extravagantes, avec des pointes ! Mais enfin, quand on vient d\u2019un pays plat, on ne peut avoir que des id\u00e9es plates ! Lui a contourn\u00e9 le probl\u00e8me : il a imagin\u00e9 des cols qui poussent vers le haut, en relief, comme un N\u00e9erlandais qui chercherait \u00e0 se venger de la g\u00e9ographie de son enfance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y avait aussi des miroirs partout, dans une ambiance de lupanar de la rue Quincampoix. De quoi faire surgir des \u00ab verges f\u00e9tides \u00bb\u2026 Oh, pardon, des vierges fertiles ! Tellement de miroirs qu\u2019on ne savait plus qui d\u00e9filait : les mannequins ou les spectateurs ?J\u2019ai salu\u00e9 un monsieur en face de moi pendant vingt minutes. <em>C\u2019\u00e9tait moi<\/em>. Il ne m\u2019a m\u00eame pas salu\u00e9 en retour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le cr\u00e9ateur a d\u00e9clar\u00e9 :\u00a0<em>\u00ab Je pr\u00e9f\u00e8re la vue de trois quarts. \u00bb\u00a0<\/em>Trois quarts ! La bimbo assise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, ancienne tapineuse de resto routier Bulgare, m\u2019a demand\u00e9 : \u00ab Pourquoi un tocard ? \u00bb Ce qui prouve \u00e0 quel point les gens qui viennent assister \u00e0 ces shows ma\u00eetrisent la langue fran\u00e7aise. Mais pourquoi pas trois quarts, apr\u00e8s tout ? Il y a la face, il y a le profil, et il y a le trois quarts. Le trois quarts, c\u2019est la face qui commence \u00e0 partir, mais qui n\u2019a pas le courage de le dire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ensuite, il y eut les clochettes ou les grelots, c\u2019est selon. Alors l\u00e0, je vous demande de rester calme. Des clochettes ! Retrouv\u00e9es au fond d\u2019un tiroir par le Flamand ! Cette histoire m\u2019a boulevers\u00e9. Imaginez : quelqu\u2019un ouvre un tiroir et d\u00e9couvre des clochettes datant de 1989. Elles avaient attendu trente-six ans dans le noir, sans rien dire. Pour une clochette, c\u2019est un exploit ! La seule fonction d\u2019une clochette, c\u2019est de faire du bruit. Et celle-ci a tenu trente-six ans sans sonner. C\u2019est probablement la clochette la plus discr\u00e8te de toute l\u2019histoire de la clochette.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis vinrent les blazers blancs. Parfaitement coup\u00e9s, certes, mais accompagn\u00e9s de soutiens-gorge coniques, visibles \u00e0 travers un hublot de tissu. Un hublot ! Sur un torse ! Mais o\u00f9 va-t-on ? Au large ? Si vous avez un hublot sur le torse, c\u2019est que vous \u00eates dans un bateau. Et un bateau, Mesdames, Messieurs, \u00e7a ne d\u00e9file pas. \u00c7a appareille !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous me direz : \u00ab C\u2019est un hommage au corset de 1984. \u00bb Je r\u00e9pondrai : oui, mais le corset de 1984 n\u2019avait pas de hublot ! Et surtout, il n\u2019a jamais fait couler la Madone, qui ressemble d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019enfant ill\u00e9gitime de Zahia et de Franck Rib\u00e9ry. \u00c0 la sortie, on m\u2019a demand\u00e9 : \u00ab Alors, \u00e7a vous a plu ? \u00bb J\u2019ai r\u00e9pondu : \u00ab C\u2019\u00e9tait du s\u00e9rieux. \u00bb Phrase typique de ceux qui ne veulent surtout pas se prononcer avec \u00ab\u00a0it&rsquo;s amazing\u00a0\u00bb version anglaise. On m\u2019a regard\u00e9 comme si j\u2019avais insult\u00e9 un mort. Mais enfin, c\u2019est vrai !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On \u00e9tait chez Gaultier ! La maison du c\u00f4ne, de la marini\u00e8re, de l\u2019homme en jupe, du mannequin enceint ! Et l\u00e0, un d\u00e9fil\u00e9 froid. Un d\u00e9fil\u00e9 froid, dans une maison qui a fait du chaud toute sa vie ! J\u2019avais l\u2019impression d\u2019assister \u00e0 un enterrement. Un enterrement avec des clochettes, ce qui est tout de m\u00eame une id\u00e9e curieuse. \u00c0 moins qu\u2019elles ne soient l\u00e0 pour permettre au d\u00e9funt de pr\u00e9venir en cas d\u2019erreur. Enfin\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Un cr\u00e9ateur qui trouve son \u00e9quilibre entre rigueur et excentricit\u00e9 \u00bb<\/em>, a \u00e9crit le journaliste Le Flope Fringuant, Monsieur cinq minutes de mode douche comprise. L\u2019\u00e9quilibre ! Mais c\u2019est bien \u00e7a, le probl\u00e8me. Chez Gaultier, on n\u2019a jamais cherch\u00e9 l\u2019\u00e9quilibre. On a cherch\u00e9 la chute ! Et seules les chutes de reins sont valables. Maintenant qu\u2019on l\u2019a trouv\u00e9, cet \u00e9quilibre, on est coinc\u00e9. Coinc\u00e9 comme une t\u00eate de tampon applicateur, avec des coutures \u00e0 faire pleurer un oignon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est donc \u00e7a, la nouvelle mode ? Tenir droit. Tenir sur un talon. Tenir tout un d\u00eener dans un blazer blanc sans faire de \u00ab t\u00e2che \u00bb. Quand \u00e0 moi, lorsque je suis sorti du Palais de Tokyo, il faisait nuit. J\u2019ai crois\u00e9 mon reflet dans une vitrine. De face, j\u2019avais l\u2019air d\u2019un homme vieux et fatigu\u00e9. De profil, celui d\u2019un homme qui s\u2019en va. Et de trois quarts\u2026 De trois quarts, j\u2019h\u00e9sitais. Je pensais \u00e0 ce beau jeune homme de trente ans qui n\u2019existait plus. Finalement, je suis rentr\u00e9 en m\u00e9tro, j\u2019en ai m\u00eame oubli\u00e9 mon v\u00e9lo, c\u2019est dire \u00e0 quel point ce d\u00e9fil\u00e9 m\u2019avait perturb\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>FM \u2665<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Dimanche dernier, j\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 un d\u00e9fil\u00e9 Jean Paul Gaultier. Enfin, quand je dis \u00ab assist\u00e9 \u00bb\u2026 J\u2019\u00e9tais assis, c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 beaucoup ! Et quand je dis \u00ab Jean Paul Gaultier \u00bb, je devrais plut\u00f4t dire \u00ab Jean Paul Laptkin \u00bb, puisque Jean Paul est parti en 2020. Il est parti, mais la maison est rest\u00e9e. 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