{"id":12981,"date":"2026-09-17T06:00:32","date_gmt":"2026-09-17T04:00:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.mouclier.com\/?p=12981"},"modified":"2026-09-16T20:13:25","modified_gmt":"2026-09-16T18:13:25","slug":"la-nostalgie-en-flacon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/2026\/09\/17\/la-nostalgie-en-flacon\/","title":{"rendered":"LA NOSTALGIE EN FLACON"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Pourquoi nos parfums des ann\u00e9es 70 n&rsquo;ont plus le m\u00eame prix, ni la m\u00eame fragrance ?. \u00ab Comparaison n&rsquo;est pas raison \u00bb, dit le proverbe, et en mati\u00e8re de parfum, il a bien raison, le bougre. Convertir les francs de 1975 en euros pour comparer un flacon d&rsquo;hier \u00e0 celui d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est un peu comme comparer une 2 CV \u00e0 une Porsche sous pr\u00e9texte qu&rsquo;elles ont toutes les deux un volant : le calcul tient sur le papier, pas dans la vraie vie. En cinquante ans, ce n&rsquo;est pas juste l&rsquo;\u00e9tiquette qui a chang\u00e9, c&rsquo;est toute une civilisation olfactive qui s&rsquo;est \u00e9vapor\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autrefois, le parfum \u00ab remplissait la pi\u00e8ce \u00bb, et parfois l&rsquo;immeuble entier, et pour comprendre sa tenue et son prix en 1975, il faut d&rsquo;abord comprendre ce qu&rsquo;il y avait dedans et c&rsquo;\u00e9tait du lourd : Muscs animals, vraie mousse de ch\u00eane, mati\u00e8res premi\u00e8res \u00e0 faire p\u00e2lir un droguiste moderne. La parfumerie de l&rsquo;\u00e9poque ne faisait pas semblant. On se parfumait une fois le matin, et le sillage vous suivait toute la journ\u00e9e, un peu comme une ex qu&rsquo;on n&rsquo;arrive pas \u00e0 faire d\u00e9crocher, mais en beaucoup plus agr\u00e9able.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le march\u00e9, lui, se partageait en deux clans bien tranch\u00e9s : d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 le grand luxe feutr\u00e9 des couturiers (Chanel, YSL, Dior), vendu dans des boutiques o\u00f9 l&rsquo;on chuchotait presque, de l&rsquo;autre, l&rsquo;\u00e9mancipation olfactive des grandes marques (Revlon, Guy Laroche), qui d\u00e9barquaient dans les grands magasins pour accompagner les femmes qui, enfin, travaillaient et n&rsquo;avaient plus de temps \u00e0 perdre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme un match des g\u00e9n\u00e9rations, et si l&rsquo;on applique l&rsquo;inflation toute simple, 100 francs de 1975 devraient valoir environ 75 euros aujourd&rsquo;hui. Sympa sur le papier. Rat\u00e9 dans les rayons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Opium (YSL, 1977), un scandale qui a bien vieilli ! \u00c0 sa sortie, Opium fait un tabac digne d&rsquo;un feuilleton : nom sulfureux, flacon en forme d&rsquo;inr\u00f4 japonais que j&rsquo;ai vu toute mon enfance sur le bureau de mon p\u00e8re, sillage oriental qui d\u00e9coiffe tout le m\u00e9tro en \u00ab\u00a0first class\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Prix l&rsquo;\u00e9poque Giscard : 120 \u00e0 150 francs, soit presque 10 % d&rsquo;un SMIC mensuel. Un vrai luxe sacrificiel, on sacrifiait son budget cantine du mois pour sentir bon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd&rsquo;hui, il se n\u00e9gocie entre 115 \u20ac et 135 \u20ac. Verdict : il a grimp\u00e9 plus vite que l&rsquo;inflation, et plus vite que votre caf\u00e9 du matin. Pourquoi ? Parce qu&rsquo;un parfum de prestige, ce n&rsquo;est plus un jus, c&rsquo;est une multinationale : campagnes mondiales, \u00e9g\u00e9ries hollywoodiennes, marges \u00e0 donner le vertige.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Charlie (Revlon, 1973) la star d\u00e9chue \u00ab\u00a0Charlie\u00a0\u00bb, c&rsquo;\u00e9tait LE parfum de la femme active qui menait tout \u00e0 cent \u00e0 l&rsquo;heure, celui du premier salaire ou du cadeau de No\u00ebl sans ruiner personne. Prix d&rsquo;\u00e9poque : une trentaine de francs, l&rsquo;\u00e9quivalent d&rsquo;un d\u00e9jeuner sympa entre copines. Aujourd&rsquo;hui, on le trouve pour moins de 15 \u20ac sur internet soit \u00e0 peu pr\u00e8s le prix d&rsquo;un brunch pour une personne, sans les toasts bio. Verdict : sa c\u00f4te s&rsquo;est effondr\u00e9e, doubl\u00e9e par les brumes parfum\u00e9es des enseignes fast-fashion qui produisent du sillage au kilom\u00e8tre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Trois r\u00e9volutions expliquent ce grand \u00e9cart : La reformulation obligatoire : merci l&rsquo;IFRA. Les ingr\u00e9dients, stars des ann\u00e9es 70, ont \u00e9t\u00e9 bannis pour cause d&rsquo;allergies, remplac\u00e9s par des mol\u00e9cules de synth\u00e8se. R\u00e9sultat : fabriquer le jus co\u00fbte moins cher, mais le ticket de caisse, lui, ne l&rsquo;a pas appris. Le marketing a mang\u00e9 la cr\u00e9ation car, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, un couturier prenait des ann\u00e9es pour sortir un parfum. Aujourd&rsquo;hui, les \u00ab flankers \u00bb sortent plus vite qu&rsquo;on ne peut les prononcer. L&rsquo;argent ne finance plus le flacon, il finance le buzz.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1970, un grand parfum \u00e9tait un marqueur social rare, presque un totem. Aujourd&rsquo;hui, on entre dans une boutique et on repart avec un petit bout de r\u00eave en \u00e9dition (pas si) limit\u00e9e. Le parfum des ann\u00e9es 70 \u00e9tait brut, textur\u00e9, presque charnel, un objet qui co\u00fbtait cher parce qu&rsquo;il valait cher. Celui d&rsquo;aujourd&rsquo;hui est un produit de design industriel ultra ma\u00eetris\u00e9, plus accessible mais plus standardis\u00e9, un peu comme passer d&rsquo;un plat mijot\u00e9 chez mamie \u00e0 un excellent plat surgel\u00e9 : ce n&rsquo;est pas moins bon, c&rsquo;est juste diff\u00e9rent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une chose, en tout cas, r\u00e9siste \u00e0 l&rsquo;inflation : le pouvoir d&rsquo;une simple vaporisation pour vous t\u00e9l\u00e9porter cinquante ans en arri\u00e8re en une fraction de seconde sans frais de dossier. Et pendant ce temps, la parfumerie de niche revient doucement sur le devant de la sc\u00e8ne, comme pour nous rappeler que le naturel, \u00e7a ne se d\u00e9mode jamais vraiment. La maitre de Granville le savait avec \u00ab\u00a0Miss Dior\u00a0\u00bb qu&rsquo;on oublie un visage, jamais un parfum.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">FM\u2660<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Pourquoi nos parfums des ann\u00e9es 70 n&rsquo;ont plus le m\u00eame prix, ni la m\u00eame fragrance ?. \u00ab Comparaison n&rsquo;est pas raison \u00bb, dit le proverbe, et en mati\u00e8re de parfum, il a bien raison, le bougre. Convertir les francs de 1975 en euros pour comparer un flacon d&rsquo;hier \u00e0 celui d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est un peu comme comparer une 2 CV \u00e0 une Porsche sous pr\u00e9texte qu&rsquo;elles ont toutes les deux un volant : le calcul tient sur le papier, pas dans la vraie vie. 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