{"id":12556,"date":"2026-07-10T07:24:28","date_gmt":"2026-07-10T05:24:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.mouclier.com\/?p=12556"},"modified":"2026-07-10T07:24:28","modified_gmt":"2026-07-10T05:24:28","slug":"les-baisers-dun-couturier-pelerin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/2026\/07\/10\/les-baisers-dun-couturier-pelerin\/","title":{"rendered":"LES BAISERS D&rsquo;UN COUTURIER P\u00c9LERIN"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Il est des heures o\u00f9 la m\u00e9moire des peuples ressemble \u00e0 ces myst\u00e9rieuses machines qui abolissent les distances du temps. \u00c0 peine les contemple-t-on qu&rsquo;elles nous d\u00e9posent au seuil de cette aurore du XX\u1d49 si\u00e8cle, lorsque Paris, rev\u00eatu de sa gloire universelle, semblait avoir convoqu\u00e9 sous son ciel toutes les nations de la terre. La tour de fer, nagu\u00e8re objet de d\u00e9dain, dominait d\u00e9sormais les esp\u00e9rances humaines comme ces monuments que le g\u00e9nie \u00e9l\u00e8ve malgr\u00e9 les hommes avant qu&rsquo;ils ne consentent \u00e0 les admirer. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;Exposition Universelle de 1900 ; c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;instant o\u00f9 l&rsquo;H\u00f4tel R\u00e9gina ouvrait ses salons dor\u00e9s \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration de femmes dont l&rsquo;Histoire ignorait encore le nom, parce qu&rsquo;elles \u00e9taient occup\u00e9es \u00e0 se le donner elles-m\u00eames. Elles ne demandaient plus la libert\u00e9 : elles l&rsquo;incarnaient.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Franck Sorbier ressuscite aujourd&rsquo;hui ces voyageuses de l&rsquo;inconnu, ces h\u00e9ro\u00efnes qu&rsquo;aucun si\u00e8cle ne sut jamais enti\u00e8rement d\u00e9finir. Elles avaient quitt\u00e9 les palais sans renoncer \u00e0 leur noblesse, d\u00e9sert\u00e9 les salons sans abandonner leur gr\u00e2ce, elles \u00e9crivaient comme d&rsquo;autres combattent, aimaient comme on se jette dans la temp\u00eate, muses devenues cr\u00e9atrices, trag\u00e9diennes que leur propre destin\u00e9e \u00e9levait jusqu&rsquo;\u00e0 la po\u00e9sie, aventuri\u00e8res dont le masque importait moins que l&rsquo;\u00e2me. Qu&rsquo;elles fussent espionnes, danseuses, romanci\u00e8res ou souveraines de leur propre solitude, toutes ob\u00e9issaient au m\u00eame appel, celui des horizons qui reculent \u00e0 mesure qu&rsquo;on les poursuit.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">De leurs longues travers\u00e9es, elles avaient rapport\u00e9 cette \u00e9l\u00e9gance grave que seuls connaissent les grands d\u00e9parts. Elles avaient respir\u00e9 les ponts immenses du <em>Normandie<\/em>, ce palais mouvant qui fendait l&rsquo;Atlantique avec la majest\u00e9 d&rsquo;une cath\u00e9drale port\u00e9e par les flots, o\u00f9 le fer semblait avoir appris la douceur de la vapeur. Elles avaient parcouru les wagons somptueux de l&rsquo;Orient-Express, prince des chemins de fer et souverain des voyages, reliant Londres aux coupoles d&rsquo;Istanbul par Venise, Budapest, Belgrade et Ath\u00e8nes, prolongeant parfois son r\u00eave jusqu&rsquo;aux terres de Mossoul et de Bagdad, comme si l&rsquo;Europe et l&rsquo;Orient n&rsquo;avaient jamais \u00e9t\u00e9 que les deux rivages d&rsquo;une m\u00eame civilisation interrompue.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est ce vaste songe que Franck Sorbier recueille et transpose dans sa collection 2026. Sous son regard, le v\u00eatement cesse d&rsquo;ob\u00e9ir \u00e0 la seule n\u00e9cessit\u00e9 pour devenir une destin\u00e9e. Le pantalon n&rsquo;est plus une conqu\u00eate sociale : il est le signe silencieux d&rsquo;une ind\u00e9pendance accomplie, l&rsquo;habit de celle qui n&rsquo;attend plus qu&rsquo;on lui ouvre la route, parce qu&rsquo;elle en est devenue le propre chemin. Les manteaux s&rsquo;enveloppent des souvenirs des caftans ottomans, de la souplesse m\u00e9ditative des kimonos japonais, des robes d&rsquo;int\u00e9rieur venues de contr\u00e9es o\u00f9 le parfum pr\u00e9c\u00e8de encore le nom des villes.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Une broderie ancienne rend sa m\u00e9moire \u00e0 une robe noire, comme un fragment de fresque sauv\u00e9 des ruines rappelle un empire disparu. Un manteau \u00e9carlate se couvre d&rsquo;un jacquard pr\u00e9cieux dont les dessins \u00e9voquent les papiers marbr\u00e9s qu&rsquo;un voyageur pieux aurait rapport\u00e9 d&rsquo;un port oubli\u00e9 de la M\u00e9diterran\u00e9e. Les ors profonds de la Perse r\u00e9pondent aux d\u00e9licates miniatures de l&rsquo;Inde mongole, l&rsquo;argent \u00e9claire les t\u00e9n\u00e8bres du velours avec la discr\u00e9tion d&rsquo;une \u00e9toile guidant le navigateur, le blanc et le noir ne s&rsquo;y combattent point : ils conversent dans cette harmonie secr\u00e8te o\u00f9 le Yin et le Yang abolissent les fronti\u00e8res, o\u00f9 l&rsquo;Orient et l&rsquo;Occident d\u00e9couvrent qu&rsquo;ils furent toujours les deux respirations d&rsquo;un m\u00eame monde.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Ainsi, Franck Sorbier poursuit-il cette g\u00e9ographie de l&rsquo;\u00e2me que les cartes ignorent. \u00c9tranger \u00e0 la tyrannie des modes autant qu&rsquo;au vacarme des saisons, il demeure fid\u00e8le \u00e0 cette noblesse du voyage qui transforme les distances en m\u00e9moire et les rencontres en beaut\u00e9. Il nous appelle \u00e0 embarquer sans d\u00e9lai vers des terres dont la premi\u00e8re fronti\u00e8re est l&rsquo;imaginaire et nous adresse, des quatre horizons du monde, les plus tendres baisers d&rsquo;un couturier p\u00e8lerin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">FM\u2665<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-12562\" src=\"https:\/\/www.mouclier.com\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/sorbierpanel.jpg\" alt=\"\" width=\"2000\" height=\"2000\" srcset=\"https:\/\/www.mouclier.com\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/sorbierpanel.jpg 2000w, https:\/\/www.mouclier.com\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/sorbierpanel-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.mouclier.com\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/sorbierpanel-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/www.mouclier.com\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/sorbierpanel-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.mouclier.com\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/sorbierpanel-768x768.jpg 768w, https:\/\/www.mouclier.com\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/sorbierpanel-1536x1536.jpg 1536w, https:\/\/www.mouclier.com\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/sorbierpanel-730x730.jpg 730w, https:\/\/www.mouclier.com\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/sorbierpanel-435x435.jpg 435w\" sizes=\"auto, (max-width: 2000px) 100vw, 2000px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Il est des heures o\u00f9 la m\u00e9moire des peuples ressemble \u00e0 ces myst\u00e9rieuses machines qui abolissent les distances du temps. \u00c0 peine les contemple-t-on qu&rsquo;elles nous d\u00e9posent au seuil de cette aurore du XX\u1d49 si\u00e8cle, lorsque Paris, rev\u00eatu de sa gloire universelle, semblait avoir convoqu\u00e9 sous son ciel toutes les nations de la terre. 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