{"id":12271,"date":"2026-06-15T06:00:24","date_gmt":"2026-06-15T04:00:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.mouclier.com\/?p=12271"},"modified":"2026-06-14T23:16:15","modified_gmt":"2026-06-14T21:16:15","slug":"hockey-le-grand-pretre-de-la-piscine-bleue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/2026\/06\/15\/hockey-le-grand-pretre-de-la-piscine-bleue\/","title":{"rendered":"HOCKNEY LE GRAND PR\u00caTRE DE LA PISCINE BLEUE"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">On nous serine depuis quarante ans que David Hockney serait le dernier grand peintre vivant, une sorte de proph\u00e8te chromatique descendu du Yorkshire avec une palette de bonbons acidul\u00e9s pour sauver l\u2019art occidental de sa m\u00e9lancolie. Car, enfin, que contemple-t-on dans ces fameuses piscines devenues ic\u00f4nes universelles ? Une eau bleue impeccable, un soleil sans histoire, des villas de r\u00eave, des corps bronz\u00e9s&#8230;. Le tout avec la profondeur m\u00e9taphysique d\u2019un catalogue immobilier de luxe de Iris Apfel. Ils ont les m\u00eames Lunettes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-start=\"48\" data-end=\"537\">Hockney n\u2019a pas tant peint la Californie qu\u2019il a fabriqu\u00e9 son logo. Il a transform\u00e9 le fantasme de la r\u00e9ussite bourgeoise des Kadashiante en papier peint culturel pour appartements tun\u00e9s. On ne regarde pas ses tableaux, on s\u2019y installe comme dans une salle d\u2019attente climatis\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-start=\"1087\" data-end=\"1540\">Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cela que Le Seigneur l\u2019adorait. Hockney d\u00e9corait le monde comme d\u2019autres choisissent les rideaux \u00ab\u00a0J&rsquo;adior\u00a0\u00bb du salon. Chez lui, tout est propre, rang\u00e9, poli, repass\u00e9. M\u00eame la lumi\u00e8re semble sortir du pressing. On cherche la rugosit\u00e9, le doute, l\u2019accident, la sueur du peintre aux prises avec la mati\u00e8re. On ne trouve qu\u2019une perfection de brochure touristique, une esth\u00e9tique de r\u00e9sidence secondaire \u00ab\u00a0maison t\u00e9moin\u00a0\u00bb pr\u00eate pour la visite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-start=\"1542\" data-end=\"2017\">Puis, vint sa p\u00e9riode num\u00e9rique pour singer Warhol, accueillie par les critiques avec le s\u00e9rieux de pr\u00eatres d\u00e9froqu\u00e9s d\u00e9couvrant une nouvelle relique. Vers un monde o\u00f9 la peinture devient un fichier, o\u00f9 le geste se r\u00e9duit \u00e0 une caresse sur verre tremp\u00e9 de l&rsquo;Ipad, o\u00f9 l\u2019\u0153uvre arrive d\u00e9j\u00e0 pr\u00eate \u00e0 \u00eatre imprim\u00e9e sur mugs ou un foulard. Depuis Lascaux, les artistes luttaient contre la mati\u00e8re. Hockney, lui, a trouv\u00e9 le moyen de l\u2019\u00e9liminer. Quel progr\u00e8s !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-start=\"2140\" data-end=\"2514\">La peinture, autrefois, avait l\u2019\u00e9paisseur de la terre, de l\u2019huile, les odeurs de la t\u00e9r\u00e9benthine et du temps accumul\u00e9. Avec Hockney, la trag\u00e9die, m\u00eame du geste, dispara\u00eet pour laisser une image parfaitement exportable, parfaitement commercialisable, parfaitement compatible avec la boutique du mus\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-start=\"2971\" data-end=\"3523\">Quant aux portraits, ultime refuge des d\u00e9fenseurs du ma\u00eetre, ils poss\u00e8dent certes une \u00e9l\u00e9gance ind\u00e9niable. Tout y est \u00e0 sa place, et les mod\u00e8les semblent condamn\u00e9s \u00e0 une \u00e9ternit\u00e9 de bonne \u00e9ducation. On admire la composition comme on admire une vitrine parfaitement agenc\u00e9e. Mais o\u00f9 est le vertige ? Car m\u00eame l\u2019\u00e2me para\u00eet avoir re\u00e7u des consignes de maintien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-start=\"3596\" data-end=\"3956\">Au fond, son immense succ\u00e8s raconte peut-\u00eatre moins l\u2019histoire d\u2019un g\u00e9nie que celle d\u2019une \u00e9poque. Une \u00e9poque qui pr\u00e9f\u00e8re l\u2019image \u00e0 la peinture, la reproduction \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience, la communication \u00e0 la cr\u00e9ation, le confort au trouble. Hockney est l\u2019artiste id\u00e9al pour un monde qui veut de la couleur sans risque, de l\u2019art sans malaise, du prestige sans difficult\u00e9. Il est devenu l\u2019immense peintre d\u2019une civilisation qui confond parfois le chef-d\u2019\u0153uvre avec un fond d\u2019\u00e9cran particuli\u00e8rement r\u00e9ussi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-start=\"4092\" data-end=\"4279\">Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cela qu\u2019il triomphe. Parce qu\u2019il ne d\u00e9range presque jamais. Parce qu\u2019il est imm\u00e9diatement aimable. Parce qu\u2019il transforme la culture en produit de luxe souriant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-start=\"4281\" data-end=\"4594\">Bref, David Hockney est peut-\u00eatre le plus grand d\u00e9corateur de notre temps. Quant \u00e0 savoir s\u2019il est le plus grand peintre vivant, la question reste ouverte. Mais, une chose est s\u00fbre : si l\u2019histoire de l\u2019art devait un jour \u00eatre remplac\u00e9e par une cha\u00eene d\u2019h\u00f4tels cinq \u00e9toiles, il en serait sans doute le saint patron.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-start=\"4596\" data-end=\"4602\" data-is-last-node=\"\" data-is-only-node=\"\">FM\u2665<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">On nous serine depuis quarante ans que David Hockney serait le dernier grand peintre vivant, une sorte de proph\u00e8te chromatique descendu du Yorkshire avec une palette de bonbons acidul\u00e9s pour sauver l\u2019art occidental de sa m\u00e9lancolie. Car, enfin, que contemple-t-on dans ces fameuses piscines devenues ic\u00f4nes universelles ? Une eau bleue impeccable, un soleil sans histoire, des villas de r\u00eave, des corps bronz\u00e9s&#8230;. Le tout avec la profondeur m\u00e9taphysique d\u2019un catalogue immobilier de luxe de Iris Apfel. Ils ont les m\u00eames Lunettes. <a href=\"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/2024\/hockey-le-grand-pretre-de-la-piscine-bleue\/\"><strong><em>Pour lire plus cliquer ici<\/em><\/strong><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"author":1,"featured_media":12273,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-12271","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe","clearfix"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12271","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12271"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12271\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12279,"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12271\/revisions\/12279"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12273"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12271"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12271"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12271"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}