{"id":11739,"date":"2026-04-16T06:43:22","date_gmt":"2026-04-16T04:43:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.mouclier.com\/?p=11739"},"modified":"2026-04-16T06:43:22","modified_gmt":"2026-04-16T04:43:22","slug":"calder-la-ou-vuitton-fait-leviter-le-regard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/2026\/04\/16\/calder-la-ou-vuitton-fait-leviter-le-regard\/","title":{"rendered":"CALDER L\u00c0 O\u00d9 VUITTON FAIT L\u00c9VITER LE REGARD"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s l\u2019abord, le regard du visiteur est comme saisi par une main invisible, et retenu un instant dans une suspension presque sacr\u00e9e, o\u00f9 se d\u00e9ploie, une vaste constellation de formes vermillon, dont les \u00e9lans semblent converser avec les voiles diaphanes de Gehry, comme si l\u2019architecture elle-m\u00eame avait consenti \u00e0 devenir souffle. Rien ici ne p\u00e8se plus selon les lois ordinaires de la mati\u00e8re : la sculpture ne s\u2019impose point, elle respire, elle flotte, elle semble \u00e9couter le silence m\u00eame de l\u2019espace, et s\u2019y fondre comme une pens\u00e9e devenue visible du Seigneur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-start=\"603\" data-end=\"1184\">Plus avant, le parcours incline son cours vers une \u0153uvre des origines, Le Cirque Calder (1926\u20131931), pr\u00eat\u00e9 par le Whitney Museum of American Art, et qui appara\u00eet tel un monde miniature o\u00f9 l\u2019infini se cache sous l\u2019apparence du jeu. Ces figures de fil de fer et de tissus l\u00e9gers, ces fragments d\u2019objets m\u00e9tamorphos\u00e9s en personnages, \u00e9voquent moins une construction qu\u2019un songe \u00e9veill\u00e9. On croit entendre encore la voix de l\u2019artiste, comme s\u2019il venait \u00e0 peine de quitter la salle, laissant derri\u00e8re lui cette troupe pr\u00eate \u00e0 recommencer sa danse fragile au moindre souffle du souvenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-start=\"1186\" data-end=\"1679\">Chez Calder, le mouvement n\u2019est jamais simple ornement de l\u2019\u0153il, mais n\u00e9cessit\u00e9 profonde, presque m\u00e9taphysique. Small Sphere and Heavy Sphere (1932\u201333) en offre la d\u00e9monstration comme une exp\u00e9rience du destin lui-m\u00eame : la rencontre d\u2019une masse et d\u2019une autre, l\u2019impact, la rupture, puis la reprise d\u2019un ordre incertain o\u00f9 le hasard, tel un dieu discret, gouverne les trajectoires. Le son s\u2019y m\u00eale \u00e0 la mati\u00e8re, et l\u2019\u0153uvre cesse d\u2019\u00eatre chose pour devenir \u00e9v\u00e9nement, dur\u00e9e, inqui\u00e9tude du temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-start=\"1681\" data-end=\"2158\">Mais voici qu\u2019\u00e0 cette turbulence succ\u00e8de une sorte de recueillement. Les Constellations des ann\u00e9es 40 s\u2019\u00e9l\u00e8vent comme des ciels int\u00e9rieurs, tiss\u00e9s de bois et de fils, fragiles architectures de l\u2019\u00e9quilibre et de l\u2019effacement. N\u00e9es dans l\u2019ombre des heures troubl\u00e9es de la guerre, elles semblent suspendre le monde dans une m\u00e9ditation sans parole, o\u00f9 chaque \u00e9l\u00e9ment h\u00e9site entre pr\u00e9sence et disparition, comme une \u00e9toile qui consentirait \u00e0 n\u2019\u00eatre qu\u2019un souvenir de lumi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-start=\"2160\" data-end=\"2644\">Certaines \u0153uvres, plus loin, prennent des accents presque organiques, comme si la nature elle-m\u00eame avait consenti \u00e0 entrer dans le m\u00e9tal. Black Widow (1948) \u00e9tend ses lignes sombres avec une gr\u00e2ce inqui\u00e8te, arachn\u00e9enne vision qui semble veiller sur le vide. Et l\u2019on voit encore Lily of Force (1945) ou Bougainvillier (1947), o\u00f9 le fer se fait floraison a\u00e9rienne, et o\u00f9 la lourdeur des mat\u00e9riaux s\u2019oublie dans une sorte d\u2019all\u00e9gresse suspendue, d\u00e9fiant les lois tacites de la pesanteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-start=\"2646\" data-end=\"3149\">L\u2019exposition n\u2019oublie point la vibration sonore des choses, avec Dispersed Objects with Brass Gong (1948), o\u00f9 le mouvement engendre la r\u00e9sonance, et o\u00f9 l\u2019\u0153uvre d\u00e9borde d\u2019elle-m\u00eame pour devenir \u00e9coute. Quant \u00e0 la Mercury Fountain (1937), pr\u00e9sent\u00e9e ici sous forme de mod\u00e8le, elle rappelle un Calder tourn\u00e9 vers les douleurs de son temps, r\u00e9pondant aux convulsions de la guerre civile espagnole par une mati\u00e8re troubl\u00e9e, presque liquide, o\u00f9 la beaut\u00e9 se m\u00eale \u00e0 l\u2019inqui\u00e9tude comme un sourire voil\u00e9 de deuil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-start=\"3151\" data-end=\"3673\">Et l\u2019on traverse ainsi les salles, comme on traverserait des mondes successifs, tant\u00f4t vastes, tant\u00f4t secrets, o\u00f9 l\u2019\u00e9chelle se renverse sans cesse, du minuscule au monumental, du jeu \u00e0 la gravit\u00e9, du r\u00eave \u00e0 la pens\u00e9e politique. Les pr\u00eats venus du Museum of Modern Art, de l\u2019Art Institute of Chicago et du Centre Pompidou, ainsi que de maintes collections priv\u00e9es, conf\u00e8rent \u00e0 cette r\u00e9union des \u0153uvres un \u00e9clat presque irr\u00e9p\u00e9tible, comme si le temps lui-m\u00eame avait consenti \u00e0 rassembler ses fragments pour un instant unique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-start=\"3675\" data-end=\"4011\">Plus qu\u2019une r\u00e9trospective, \u00ab R\u00eaver en \u00e9quilibre \u00bb appara\u00eet ainsi comme une suspension du monde dans son propre vertige. Calder n\u2019y figure point seulement comme l\u2019inventeur du mobile, mais comme un po\u00e8te des forces invisibles, un ordonnateur de vents, de gravit\u00e9s et de hasards, qui aurait su faire de l\u2019air m\u00eame une mati\u00e8re sculpturale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" data-start=\"4013\" data-end=\"4243\" data-is-last-node=\"\" data-is-only-node=\"\">Et lorsque l\u2019on s\u2019\u00e9loigne enfin, il demeure dans l\u2019\u00e2me une impression persistante, presque ind\u00e9finissable, comme si le monde, durant quelques instants furtifs, avait cess\u00e9 d\u2019\u00eatre pesant, et s\u2019\u00e9tait souvenu de sa l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 premi\u00e8re.<\/p>\n<p data-start=\"4013\" data-end=\"4243\" data-is-last-node=\"\" data-is-only-node=\"\">FM\u2665<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s l\u2019abord, le regard du visiteur est comme saisi par une main invisible, et retenu un instant dans une suspension presque sacr\u00e9e, o\u00f9 se d\u00e9ploie, une vaste constellation de formes vermillon, dont les \u00e9lans semblent converser avec les voiles diaphanes de Gehry, comme si l\u2019architecture elle-m\u00eame avait consenti \u00e0 devenir souffle. 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