{"id":10902,"date":"2026-02-18T06:00:14","date_gmt":"2026-02-18T05:00:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.mouclier.com\/?p=10902"},"modified":"2026-02-17T20:29:56","modified_gmt":"2026-02-17T19:29:56","slug":"khaite-by-catherine-holstein","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mouclier.com\/index.php\/2026\/02\/18\/khaite-by-catherine-holstein\/","title":{"rendered":"KHAITE BY CATHERINE HOLSTEIN"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Il y avait l\u00e0 une installation qui semblait sortie d\u2019un r\u00eave un peu trop lucide, une hallucination de Matrix filtr\u00e9e par l\u2019intelligence d\u2019un architecte amoureux. L\u2019\u00e9poux de Catherine Holstein avait b\u00e2ti un d\u00e9cor qui disait tout sans rien avouer : l\u2019ambition, la solitude, la jubilation tranquille d\u2019une cr\u00e9atrice d\u00e9sormais install\u00e9e dans le panth\u00e9on instable de la mode new-yorkaise. On y sentait cette certitude \u00e9trange, presque coupable, d\u2019avoir r\u00e9ussi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Holstein regardait le monde \u00e0 travers les miroirs d\u2019Orson Welles. F for Fake, ce film de 1973 qui l\u2019avait autrefois secou\u00e9 comme une r\u00e9v\u00e9lation, et lui servait de boussole d\u00e9sormais. Elle avait d\u00e9cid\u00e9 d\u2019embrasser ce th\u00e8me cher au journaliste de mode F.M : la contrefa\u00e7on, l\u2019imposture, cette petite tricherie essentielle sans laquelle l\u2019humanit\u00e9 ne saurait survivre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car enfin, n\u2019est-ce pas en se contrefaisant que l\u2019on devient soi-m\u00eame? La collection d\u2019automne \u00e9tait une romance sombre, presque une confession sous forme de tissus. Une robe bustier en velours, tragique comme une h\u00e9ro\u00efne qui n\u2019ose plus aimer, se mariait \u00e0 une jupe en gazar de soie aux proportions grandioses, comme si les ann\u00e9es 80 revenaient r\u00e9clamer leurs illusions perdues. Des blouses victoriennes en dentelle noire, port\u00e9es sur des pantalons longs et \u00e9troits, donnaient \u00e0 la rigueur la sensualit\u00e9 d\u2019une morale qu\u2019on transgresse en silence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La provocation, elle, surgissait l\u00e0 o\u00f9 on l\u2019attend le moins : dans la blancheur ing\u00e9nue des robes de lingerie, droites, presque candides, affrontant des pi\u00e8ces transparentes, et des gants d\u2019op\u00e9ra en cuir lisse. L\u2019innocence se d\u00e9guisait en vice, le vice se donnait des airs de vertu. Toute la com\u00e9die humaine se tenait dans ce contraste. Le cha\u00eenon manquant brod\u00e9 sur les chemisiers translucides n\u2019\u00e9taient pas seulement un clin d\u2019\u0153il \u00e0 la tromperie : ils ressemblaient aux dandys masculins de la Fashion Week, ces hommes qui se prenaient pour des \u0153uvres d\u2019art, et qui n&rsquo;avaient peut-\u00eatre pas raison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vestes de fanfare militaires aux proportions absurdes, tailleurs en velours fleuri, n\u0153uds papillon gigantesques, cha\u00eenes d&rsquo;\u00e9paule \u00e0 \u00e9paule rappelant Michael Jackson. Catherine Holstein m\u00ealait douceur et brutalit\u00e9, mini-jupes insolentes et silhouettes interminables, avec cette assurance de funambule qui sait que le vide fait partie du spectacle. C\u2019\u00e9tait, disait-on, la plus belle collection de la Fashion Week de New York. Peut-\u00eatre. Mais ce qui \u00e9tait s\u00fbr, c\u2019est qu\u2019elle parlait de nous, de nos mensonges n\u00e9cessaires, de nos d\u00e9guisements indispensables. Ses clientes n\u2019en comprendront sans doute pas le message cach\u00e9, mais elles seront sublimes, et parfois, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une philosophie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">FM<\/p>\n<p data-start=\"2452\" data-end=\"2840\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-10905 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.mouclier.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/canal-1.jpg\" alt=\"\" width=\"900\" height=\"505\" srcset=\"https:\/\/www.mouclier.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/canal-1.jpg 900w, https:\/\/www.mouclier.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/canal-1-300x168.jpg 300w, https:\/\/www.mouclier.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/canal-1-768x431.jpg 768w, https:\/\/www.mouclier.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/canal-1-730x410.jpg 730w, https:\/\/www.mouclier.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/canal-1-435x244.jpg 435w\" sizes=\"(max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"> Il y avait l\u00e0 une installation qui semblait sortie d\u2019un r\u00eave un peu trop lucide, une hallucination de Matrix filtr\u00e9e par l\u2019intelligence d\u2019un architecte amoureux. 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